Et laisser son amour-propre souillé en carafe sur la chaussée

Une femme est tombée. Sa cheville a vrillé, pour ne point la briser elle s’est laissée aller, s’est abandonnée au sol, s’est laissée choir sur le trottoir. Elle avait mal, c’était visible, son visage grimaçait. Elle s’est assise, dans l’attente l’espoir de retrouver ses esprits et le contrôle de son corps.

Elle tremblait de douleur, et du choc aussi. Elle a regardait autour d’elle. Des gens dans l’attente de leur bus, qui sous le sien ont détourné leurs regard. Un homme marchait dans sa direction, une main allait se tendre, l’aider à se relever. « Ce sont des choses qui arrivent » dit-il. Il a passé son chemin. « Oui, et c’est à moi que cela arrive » lui ai-je répondu, car cette femme c’était moi, c’était moi blessée, moi qui me suis mise à quatre pattes, ignorant si je parviendrai à me redresser, moi qui suis allée dans la pharmacie la plus proche, luttant contre l’évanouissement, acheter de quoi me soigner, le strapping ça me connait.

Une femme est tombée puis s’est relevée sous des regards indifférents, vides, déshumanisés. Ce qu’elle y a vu lui a fait peur. Une femme est tombée, cette femme c’était moi, moi qui me suis relevée soignée, moi qui me répare préfère la colère à la peur, j’hurle j’hurle GENS, JE VOUS CONCHIE ! Oui, suis vulgaire, mais croyez moi, ça fait du bien !!!!

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Parfois, mes nuits sont plus douces que mes jours

La nuit m’appartient, la nuit je m’appartiens, la nuit j’abandonne les oripeaux, les masques de mes jours, la nuit je rêve, je rêve ma vie, les yeux grands ouverts, repoussant mes limites, les limites de ma nuit.

Ma nuit est riche, ma riche est riche de ma liberté reconquise, retrouvée. Ma nuit est riche de minutes et d’heures extraordinaires, d’heures qui ne sont que miennes, mes heures égoïstes, mes heures à écouter la douce musique de la rue, les rires des attardés, les cris des égares, et le souffle lent profond du dormeur à mes côtes.

La nuit, je n’est pas plus d’âge, je les ai tous. La nuit je repousse mes problèmes mes limites.
Parce que la nuit m’appartient, parce que j’appartiens à la nuit.

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Ils aiment regarder les filles qui marchent dans leurs rues

Alors que les jours rallongent les jupes des filles raccourcissent et s’ornent de volants qui flirtent avec le vent découvrant des cuisses rosissantes aux premiers rayons de soleil. Des hommes croisent leur chemin, et certains se retournent et je les surprends tout sourire interrompre leur marche, se retourner, accompagner de leur regard concupiscent les croupes mouvantes qui déjà s’éloignent et leur échappent. Ils imaginent ces formes fermes et fuyantes sous leurs mains, que jamais ils ne possèderont, qui jamais ne seront leurs, et reprennent leur chemin, pauvres Ulysse sans Pénélope, vers d’autres rêves, d’autres voyages et d’autres sirènes.

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A la croisée de nos chemins

C’est une histoire ordinaire de désespoirs que l’on devine et s’empresse d’oublier, que l’on rejette de notre mépris apeuré. C’est une histoire de filles, ces filles que nous ne nommons pas, parce que ces filles là, n’appelons pas putes nous sommes politiquement corrects, que je croise et vois du haut de mon étage

C’est l’histoire d’une fille, une arpenteuse de mes rues, à la silhouette juvénile au visage fatiguée. C’est une arpenteuse inlassable de mes rues souillées, une gentille aguicheuse qui vend ses tristes et maigres charmes enveloppés de volants. C’est l’histoire d’une fille sur le visage de laquelle on pourrait lire à livre ouvert des histoires incrustées dans les chairs, alors que nous détournons le regard.

C’est l’histoire d’une fille dont j’ai surpris une conversation. Je lui tenais la porte qu’elle n’arriver à se décider à franchir. Elle était accompagné d’un homme au regard noyé dans l’émotion. Il l’incitait à se décider, l’encourageait de mots caressants. Je ne PEUX PAS lui disait-elle. Un accent ensoleillé faisait vibrer ses cordes vocale, elle répétait, je ne PEUX PAS, tête baissée sur son corps fragile, montrant de ses mains son petit short ses jambes découvertes. Il a crié presque silencieusement, un sanglot lui déchirant la voix,mais, mais je t’aime moi, viens. Il a enveloppé son corps d’oiseau migrateur d’un bras protecteur, lui a donné l’impulsion et le courage de franchir le seuil.

C’est l’histoire d’une fille, et celle d’un garçon, une histoire d’amour ordinaire et bouleversante. C’était une demande en mariage, qu’ils s’apprêtaient à publier, une main tendue, la renaissance de l’espoir.

C’était l’histoire d’une fille que je souhaite ne plus croiser, ou enfin femme empressée et souriante, anonyme et heureuse.

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