T’as lu tout ça ?…

J’aime lire. C’est ainsi. Depuis mon plus jeune âge j’aime lire. Les livres font partie de ma vie, ne me quittent jamais. Dans mon sac au quotidien, dans ma maison par multitude, dissimulant des pans de mur, formant des chicanes, redessinant les contours.

Dans ma chambre, une bibliothèques de livres en attente dans lesquels je pioche au grès de mon humeur, et ma tête de lit constituée de livres de poche que je peux consulter, caresser d’une simple contorsion.

Les maisons sans livres me semblent bien tristes et vides, étranges et inanimées, incomplètes, en attente.

Je reconnais avoir la fâcheuse tendance à séparer le monde en deux catégories : celle des lecteurs et puis les autres, les autres que je plains de se refuser à ce plaisir solitaire. Les livres se savourent et se partagent, se doivent de circuler, de s’offrir, de se prêter, et j’ai appris à oublier qu’ils puissent être écorner, appris à m’en moquer.

Donc j’aime lire tout et n’importe, car parfois je me fourvoie, et je lis n’importe quoi. Il m’est même arrivé, une fois, je m’en excuse, de lire un Marc Lévy. Je ne savais pas, je ne croyais pas que c’étais si mauvais, que Marc Lévy a du talent pour nous séduire et nous inciter à faire fi des critiques.

J’ai des livres par milliers, je ne suis plus toute jeune, ceci expliquant sans doute cela.

Et puis j’ai des amis qui parfois m’en ramènent d’autres, des inconnus, des copains de passage. Je leur ouvre ma porte, les accueille chez moi. Je les trouve sympathiques, j’ai des à priori, ce sont les amis de mes amis. Ils boivent un verre, font un tour du propriétaire, s’arrêtent devant la bibliothèque, se penchent, regardent les livres. Je retiens ma respiration. Et parfois, certains m’interrogent, sur un ton vaguement accusateur « t’as lu tout ça ? ». Un con a même jugé bon de rajouter « et ben dans ta vie tu dois bien t’emmerder ! ». Invariablement je réponds « non voyons, c’est pour faire joli, pour servir d’isolation ». Et me croirez-vous si je vous dis que certains m’ont crue ?…

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LE JEU DES HIRONDELLES

Je me dois de vous dire que j’ai deux grands regrets : je ne joue  d’aucun instrument de musique (non, même pas de flûte, je vous remercie de ne pas m’avoir posé la question) et n’ai aucune culture B.D.

(Soupir)

Bref, le sujet du jour est la B.D.

Gamine la B.D. n’étant pas considérée comme de la lecture m’était interdite. (Si je vous dis n’avoir pas eu une enfance facile, vous me croyez maintenant !)

Aujourd’hui quelques décennies années plus tard, je dois reconnaître que mes parents avaient raison : la B.D. n’est pas de la littérature, c’est un art à part entière, entièrement à part.

Un art face auquel je n’ai pas les codes, et me sens entièrement désarmée. Abandonnez-moi par une belle après-midi dans le rayon bandes-dessinées du VIRGIN, revenez une heure après et vous m’y retrouverez désemparée.

Heureusement, j’ai un truc, des amis à la culture polyvalente frôlant l’universel, de ceux grâce auxquels et un simple appel téléphonique peuvent vous faire décrocher le million.. Vous voyez le genre. De plus ils sont jeunes beaux intelligents humbles généreux et dotés du sens de l’humour. Y en a qui ont tout, et moi je les ai comme amis.

Bref ils ont entendu mon désarroi, et pour ce Noël cette merveille « LE JEU DES HIRONDELLES » de ZEINA ABIRACHED, qui elle-même fait partie de leurs connaissances, comme en témoigne la jolie dédicace qu’elle m’a dessinée sur la page de garde.

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Cette belle jeune femme trace sur le papier l’empreinte que son enfance libanaise a laissée dans sa mémoire, telles des cicatrices chéloïdes sombres et rondes, grasses et voluptueuses, stigmates d’une tendre aurore et de la douleur d’une guerre fratricide.

Des tireurs invisibles, des disparus qui ne peuvent être que morts, des vivants qui se cachent évitent esquivent survivent, se racontent protègent d’entre-aident. Des histoires tragiques et ordinaires qui se noient dans la grande Histoire.

Et une angoisse qui ne trouve pas ses mots et se mue en tendresse qui irradie des dessins, résonne dans tout mon être.

Nul pathos, nuls larmoiements, mais le plus innocent témoignage hommage aux vrais héros : ceux qui ont su demeurer humains.

« LE CODE D’ESTHER », et si tout était écrit

Tout d’abord il me faut vous dire que si je n’avais entendu Bernard Benyamin sur France Info, jamais je n’aurais acheté ce livre. Depuis Da Vinci Code, je ne me laisse plus abuser par ce genre de « littérature », vous voyez le genre mystico-gélatineux, la théorie du complot, les mystères, révélations et autres foutaises. Je n’accepte plus que la honte encombre mes étagères, dévoilant à tous ma naïveté et ma bêtise.

Donc j’ai entendu une interview de Bernard Benyamin, vous savez le créateur et co-animateur de l’émission « Envoyé Spécial », qui racontait ce qui l’avait amené à écrire ce livre, cette quête de vérité, ses scrupules et ses doutes. Et puis, lui le journaliste, le cartésien a abordé une question qui me hante depuis quelque temps, celui du hasard. Car le vrai sujet de ce livre est bien là : dénouer les entrelacs, faire la part de la prédestination et du libre-arbitre. « Et si tout était écrit » …

C’est en moins d’un week-end que j’ai dévoré ce livre. Je ne peux vous en raconter l’intrigue, trop en dévoiler, car ce qui est une enquête journalistique se lit comme un polar, et nous amène en Allemagne en Israël et en Suisse. Il est question du Livre d’Esther, de la Bible, de prophétie biblique, de génocides, et de fin du monde. Il est question des derniers mots d’un haut dignitaire nazi qui montant sur l’échafaud a lancé cet énigmatique « Ce sont les juifs qui vont être contents ! c’est Pourim 1946 ». Mais surtout c’est l’autopsie de la solution finale qui s’en va sonder jusqu’aux plus sombres méandres de l’âme humaine. On y croise des hommes qu’il serait trop facile, auxquels il serait faire trop d’honneur que de les traiter de monstres. Ce mot seul a le pouvoir de les éloigner de nous, de nous rassurer, de ne pas essayer de comprendre.

Et pourtant, ce fantasme, cette peur de l’autre cette paranoïa ce goût pour la solution finale. Car toujours on se doit de se demander comment, pourquoi, analyser, et comprendre pour que cela ne puisse recommencer.

Et puis, en filigrane, il est question de transmission, de femme de mère, de la gardienne du temple des traditions. De la mère de Bernard Benyamin, dont la douleur et le deuil l’a conduit à entreprendre cette aventure. Cette mère qui toujours le porte, cette mère qui par-delà la mort l’accompagne encore. Je me suis souvenue combien le mot maman prononcé par mes enfants, est doux à mes oreilles et réchauffe mon cœur. Le plus précieux des mots, celui que j’emporterai dans mon dernier souffle, dans mon ultime voyage

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« LE CODE D’ESTHER » de Bernard Benyamin et Yohan Perez (FIRST éditions)