Et j’ai lu l’empereur c’est moi, et maintenant je suis bien ennuyée pour vous en parler …

Il y a peu je vous racontais mon émotion à la vision d’un reportage du magazine sept à huit, qui m’a permis de retrouver un enfant devenu homme, un enfant dont j’avais appris l’existence chaotique et autistique à travers le récit talentueux et poignant de Françoise Lefèvre, sa mère.

Je vous ai dit combien ce récit m’a hanté des années durant, combien je me suis demandé combien cette lutte menée par cette femme contre les institutions, qui pour tout avenir proposaient un éloignement, placement en milieu psychiatrique, les regards, l’incompréhension des « braves » gens face à ces cris qui ne pouvaient être à leurs yeux que ceux d’un enfant capricieux, un enfant qui lui phagocytait tout son temps, son énergie, lui bouffaient la tête le corps l’âme, ne lui autorisant ni répit ni repos.

Alors lorsque j’ai retrouvé Julien devenu cet homme à la beauté troublante et magnétique, un Hugo comédien metteur en scène et écrivain, que j’ai entendu qu’à son tour il avait écrit un livre, j’ai su qu’il me fallait le lire.

Je l’ai lu, suis passée de l’autre côté du miroir et ce que j’y ai découvert n’a fait qu’accroître mon trouble et mon questionnement.

Tout d’abord précisons qu’Hugo, puisqu’il c’est ainsi qu’il nous faut à présent le prénommer, est atteint d’une forme rare d’autisme nommée asperger. Hugo est donc un autiste a haut quotient intellectuel, chose aussi rare chez les autistes que chez le commun des mortels. Parce que l’autisme est une pathologie multiforme, un fatras de symptômes, un syndrome bien plus qu’une maladie, que je croyais être en capacité de définir, suite aux différents témoignages qui m’étaient arrivés de lire.

Alors ce que j’ai découvert c’est bien sûr l’histoire d’une résurrection, d’une intégration sociale réussie, d’un enfant qui s’est ouvert au monde, car un jour il en a pris la décision. Car si l’on en croit, et pourquoi ne pas le croire, Julien savait parler mais avait décidé qu’il en serait autrement, Julien avait conscience de son existence, mais surtout de sa supériorité. Mais Julien avait décidé de mettre toute son énergie à régresser afin de réintégrer le ventre maternel. Parfois, un mot lui échappait, il se trahissait, s’éloignant un peu plus de son but. Et puis sa mère guettait mettait en place des jeux, des pièges, pour enfin le faire sortir de cette prison dont il avait lui-même dressé les murs.

Aujourd’hui, Hugo, le bel Hugo, comme beaucoup d’entre nous, a revêtu le masque de la normalité. Il a appris les codes, donne le change, feint la normalité. Mais sa colère ne l’a pas quitté, ni son sentiment de supériorité. Plus troublant encore est la qualité de son analyse, sa capacité à l’auto-analyse, mātinee de violence verbale et d’un total manque d’empathie. Alors non, contrairement à ce qu’il m’a été donné à entendre ici et là, Hugo n’est pas guéri, nul ne guérit de l’autisme, on fait avec, c’est tout, et c’est déjà beaucoup.

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L’empereur c’est moi d’Hugo Horiot, aux éditions Iconoclate

Eux sur la photo d’Hélène Gestern

Attention chef-d’œuvre ! Ce livre est un travail d’orfèvre jubilatoire et accompli, à l’écriture ciselée et élégante, au style aérien et terrien.

Eux sur la photo, c’est une enquête que mène une jeune femme prénommée Hélène et son correspondant épistolaire, une quête de ses racines, de la vérité trop longtemps tue. Eux sur la photo, c’est un peu Modiano qui aurait de l’humour et changé pour une musicalité moins monotone et tout aussi lancinante.

Eux sur la photo est un roman qui nous transforme en accompagnateur d’enquête, un polar subtil, un roman d’amour pluriel qui jamais ne nous mue en voyeur.

Eux sur la photo, ce sont des photos qui ponctuent ce livre, des pièces d’un puzzle éparpillées au fil du temps, des photos si talentueusement décrites par Hélène, enfin Hélène Gestern qui joue de la confusion à moins qu’elle ne se plaise à se glisser dans le costume de son héroïne, Hélène, qui pourrait être notre voisine, Hélène dont on ne peut lâcher la main, le livre, ce livre, le premier d’Hélène Gestern, à laquelle je prédis sans crainte de me tromper une superbe carrière poumon, être le souhaité, votre plaisir.

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« Betty » de Arnaldur INDRIDASON

Je vous le dis, vous le répète, j’aime les romans policiers, j’affectionne les polars scandinaves.

Arnaldur INDRIDASON, je le lis depuis ses débuts, certes prometteurs mais pas vraiment convaincants. Lui manquait un je ne sais quoi qui a vu le jour dès le deuxième pour me le rendre addictif.

Ici, une fois n’est pas coutume, il n’est pas question du commissaire Erlendur, héros récurent sombre et torturé par son passé des polars d’INDRIDASON, ni de froid et de glace. Ici, il est question de perversion, de manipulation, d’amours torrides à la vie à la mort. Mais n’attendez pas de moi que je vous en dise plus, la quatrième de couverture me semble déjà bien trop bavarde, je vous conseillerais même de l’ignorer. Non, mais croyez moi, si vous aimez les films noirs des années 50, les femmes fatales, les tragédies à rebondissements, ce petit livre d’à peine 230 pages vous fera passer une excellente soirée.

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LE JEU DES HIRONDELLES

Je me dois de vous dire que j’ai deux grands regrets : je ne joue  d’aucun instrument de musique (non, même pas de flûte, je vous remercie de ne pas m’avoir posé la question) et n’ai aucune culture B.D.

(Soupir)

Bref, le sujet du jour est la B.D.

Gamine la B.D. n’étant pas considérée comme de la lecture m’était interdite. (Si je vous dis n’avoir pas eu une enfance facile, vous me croyez maintenant !)

Aujourd’hui quelques décennies années plus tard, je dois reconnaître que mes parents avaient raison : la B.D. n’est pas de la littérature, c’est un art à part entière, entièrement à part.

Un art face auquel je n’ai pas les codes, et me sens entièrement désarmée. Abandonnez-moi par une belle après-midi dans le rayon bandes-dessinées du VIRGIN, revenez une heure après et vous m’y retrouverez désemparée.

Heureusement, j’ai un truc, des amis à la culture polyvalente frôlant l’universel, de ceux grâce auxquels et un simple appel téléphonique peuvent vous faire décrocher le million.. Vous voyez le genre. De plus ils sont jeunes beaux intelligents humbles généreux et dotés du sens de l’humour. Y en a qui ont tout, et moi je les ai comme amis.

Bref ils ont entendu mon désarroi, et pour ce Noël cette merveille « LE JEU DES HIRONDELLES » de ZEINA ABIRACHED, qui elle-même fait partie de leurs connaissances, comme en témoigne la jolie dédicace qu’elle m’a dessinée sur la page de garde.

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Cette belle jeune femme trace sur le papier l’empreinte que son enfance libanaise a laissée dans sa mémoire, telles des cicatrices chéloïdes sombres et rondes, grasses et voluptueuses, stigmates d’une tendre aurore et de la douleur d’une guerre fratricide.

Des tireurs invisibles, des disparus qui ne peuvent être que morts, des vivants qui se cachent évitent esquivent survivent, se racontent protègent d’entre-aident. Des histoires tragiques et ordinaires qui se noient dans la grande Histoire.

Et une angoisse qui ne trouve pas ses mots et se mue en tendresse qui irradie des dessins, résonne dans tout mon être.

Nul pathos, nuls larmoiements, mais le plus innocent témoignage hommage aux vrais héros : ceux qui ont su demeurer humains.

« Meurtre dans un jardin indien »

« Nous habitons un pays étrange et sublime. On y rencontre les êtres humains les meilleurs, et aussi les pires. On peut aussi bien y avoir à faire à une générosité sans pareille qu’à une cruauté qui dépasse l’entendement. »

Deuxième roman de Vikass SWARUP, après SLUMDOG MILLIONAIRE, deuxième coup de maître. Ici tout le foisonnement de l’Inde, ses couleurs, sa complexité. Ici, il est question de Bolliwood, de politique, de voleur, de Bhopal, et de corruption, et d’aborigène. Et de meurtre, car ici nous sommes, ne l’oublions pas dans un roman policier. Et six suspects, six histoires, six destins.

Ici nous sommes dans la comédie, frôlant le drame, plongeant dans la tragédie. Celle de quelques personnage, celle de tout un peuple.

Dans ce gros bouquin de près de 600 pages, Vikas SWARUP dresse, avec  humour et une  grande virtuosité,  un portait sans complaisance de l’Inde contemporain.

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Ah ! J’avais oublié ! Vous savez vous ce qu’est un Ingetayi ? Non ? Vous voulez savoir ? Et bien il vous faudra lire « Meutre dans un jardin indien » …