Longtemps j’ai cru que le bonheur m’était dû

Longtemps vous avez cru que le bonheur vous était dû en compensation d’années à traîner votre vie comme un balluchon de guenilles informes, ou comme une logique continuité d’une heureuse jeunesse. Vous vous êtes rêvée princesse, avez rêvé, attendu le Prince Charmant, l’avez espéré, et parfois, souvent cru l’avoir trouvé.

Oui mais voilà le Prince Charmant est un concept, une invention, qui date d’un autre siècle, une autre époque où les femmes se mariaient avaient beaucoup d’enfants, mourraient en couches à la trentaine, cédaient leur place à la marâtre, une autre histoire, un recommencement, une autre héroïne, une Cendrillon, une Peau d’Âne, etc, etc …

Aujourd’hui nous avons conquis la libération sexuelle, la contraception, le droit à l’avortement, le droit de vote, notre indépendance financière, souvent miteuse. L’espérance de vie s’est allongée, celle du couple de la même façon, sauf que nous avons inventé le divorce, la les séparations, les retours à la case départ, les galères, les peines et les chagrins. Et la lucidité.

Alors, dans le meilleur des cas, vous avez su que le bonheur ça se travaille, qu’il se débusque par inadvertance, à petite dose distillée. Qu’il ne tient qu’à nous d’apprendre, à le savourer lorsqu’il se présente, et le chérir comme toute chose rare.

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Non, la charité chrétienne, ou quelle que soit sa confession, ne passera pas par moi

Il est des personnes qui se plaisent à vous narrer leurs vies extraordinaires, car n’en doutez pas elles en ont plusieurs, et leurs soirées où le champagne coule à flots, où tous les hommes les convoitent et toutes les femmes les jalousent. Elles vous affirment, droit dans les yeux que leur blond platine est naturel, le glabre de leur peau de naissance, le rebondi provocant et soudain de leur poitrine dû à la pilule. Vous les avez connues brunes, les laissez dire, que vous importe, à elles ça fait du bien, à vous aucun mal. Vous admirez leur imagination, vous les plaignez, vous devinez la souffrance sous-jacente qui les pousse toujours plus loin.

Elles vous caressent, vous déclarent toute l’affection qu’elles ont pour vous. Vous n’en demandiez pas autant, mais que voulez vous, elles sont ainsi.

Et puis un jour vous résistez, ne supportez plus l’invasion de votre territoire et de passer pour Cendrillon avant la perte de sa chaussure. Vous étiez bonnes elles vous ont crue conne, vous résistez elles sont colère. Percées à jour, elle veulent vous réduire au silence, vous persistez, veulent vous détruire, par tout moyen laver l’outrage.

Car il est des personnes menteuses de nature. Des personnes qui rêvent leur vie à haute voix, falsifient la réalité, veulent nous faire prendre des vessies pour des lanternes, et vous plantent un hachoir dans le dos en vous disant c’est pour ton bien ! Entrer en lutte est inutile et dans la fuite votre salut. Abandonnées à leur misère, leur insupportable solitude, elles souffriront, mais pas longtemps, s’en partiront à la recherche, d’une autre proie qu’elles trouveront, n’en doutez pas. Et vous, vous reprenez, continuez votre vie, pas magnifique, pas mirifique, mais plutôt pas mal, qu’elles jalousaient.

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C’est qui le chef ?

Aujourd’hui, c’est confesse, j’avoue je ne suis pas parfaite, loin s’en faut … et pour tout vous dire, aux fourneaux suis une quiche, et cède ma place à des personnes bien plus douées, et qui je me dois de le reconnaître sont légion …

Vous pourriez croire que je me vante, vous demandez une preuve, installez-vous à ma table … et attendez vous au pire, vous ne serez pas déçus …

D’aucuns diront que c’est un manque d’intérêt, mais comment faudrait qu’on m’explique comment s’obstiner dans une discipline qui se refuse à vous. D’autres penseront que je me la nourriture. Si seulement cela pouvait être vrai ! Mais comme autre défaut j’ai la gourmandise, qui à l’occasion peut me jouer des tours … de taille …

Si vous voulez décrocher ma mâchoire, ouvrez en ma présence votre frigo et vos placards, jouez à l’Houdini culinaire et improvisez un festin … Vous me laisserez sans voix.

Car c’est ainsi, si je peux m’amuser à confectionner un dessert avec un certain brio, le plat de résistance est chez moi toujours … fort bien nommer …

Alors si vous souhaitez pousser ma porte et vous inviter chez moi, optez pour l’heure du thé, accompagné de tartes ou de cookies, et puis nous partirons au restau. C’est plus sage …

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J’aime le théâtre

J’aime le théâtre et les théâtres. J’aime les théâtres à l’italienne tout de rouge et d’or vêtus.

J’aime m’habiller de noir réhaussé d’une discrète touche étincelante, me perdre m’oublier dans le dédale des couloirs, me laisser guidée par une jeune personne aux pas feutrés. J’aime me lover dans une baignoire, me croire seule au monde sentir mes fesses se lover dans des épousailles avec le fauteuil, j’aime sentir le velours courir sous ma main.

J’aime frémir en levant la tête, imaginer le lourd lustre cristallin qui se décroche, mes cris se mêlant à ceux de la foule, et découvrir les visages des angelots protecteurs dissimulés au milieu des masques boudeurs et rieurs.

J’aime sursauter à l’appel du gendarme, vibrer aux bruissements des ultimes chuchotements, et sourire au bruissement du rideau qui s’efface, et que le spectacle commence

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Quand rien ne semble aller comme on le souhaiterait

Que tout nous semble intolérable impossible, que l’on se plaint, que souhaiterait l’être par d’autres, à moins que l’on ne préfère, ce qui est mon cas, être bousculé, que l’on nous fasse rire, rire de notre ridicule, de notre inutile colère.

Quand on se la joue Calimero, clame que c’est vraiment trop injuste, que l’on n’a rien fait pour mériter cela, que l’on feint de croire qu’une bonne action ne peut être que récompensée, que de rien faire de mal ne peut être que gage de bonheur et de sérénité, que si tout se paie, tout se récompense aussi, que son manichéisme pleurniche sur l’épaule de Caliméro

Moi je me préconise un coup de pied au, nettoyage de printemps, une dépollution de l’âme, une balade dans les rues ou les campagnes, à son rythme sans trop presser le pas, les yeux grands ouverts. Et vous verrez éclore un sourire, un sourire qui vous donnera peut-être un air béat voire stupide, ce qui j’en convient est vraiment trop injuste …

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Une petite odeur de dimanche soir

Dans mon salon traîne un parfum de fin de dimanche soir, une odeur de thé, et de vieux journal, sur fond de jazz, la radio réglée sur FIP.

Dans mon salon s’étirent les heures, des heures de douceur cotonneuse, des heures de partage de paroles et de silences.

Des heures à oublier, à se souvenir, à se rêver.

A rêver de voyages, ceux que nous allons faire bientôt, celui du mois à venir, de notre envol dans un pays pas si lointain, d’un autre dimanche soir, un dimanche soir ailleurs

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De la fille qui avait décidé de casser son rétroviseur

Un jour, j’étais avec un amoureux, puisqu’il me faut tout vous dire, un qui m’a fait des décennies, un qui avait fini par me connaître, un tant soit peu, moins qu’il ne le croyait, plus que je ne le savais, comme je m’en vais vous l’expliquer. Nous étions en voiture, bloqués dans les embouteillages, donc obligés d’alimenter la conversation.

Je m’adonnais à mon occupation préférée, mater les passants, et rêvasser. Soudain, une petite dame, une vieille bourgeoise, toute de Chanel vêtue a captée mon attention. Mise en pli, manucure, maquillage épais sur visage lifté, et une démarche hésitante qui trahissait son grand âge et ses prothèses de hanche, incompatibles avec ses talons. Elle donnait à voir. Elle était là, conforme à ce que sa vision de sa classe lui imposait de paraître. Sans imagination, sans originalité. Elle me faisait penser à un mensonge bien pensant.

« Si un jour tu me vois commencer à ressembler à ça, dis-je à l’H, dis le moi sans tarder »

« Pas de risque, me dit-il »

Me voilà rassurée

« Mais ainsi, désignant une passante du menton, me semble plus probable »

Je me suis tournée vers la personne en question : une autre vieille dame d’un tout autre genre. Une ménagère à tirette, blouse synthétique à grosses fleurs, aux cheveux oranges, mi-bas lui coupant les mollets, crocs roses aux pieds.

J’ai fait gloups. Me suis tue. Je savais qu’il n’avait pas vraiment tort.

Et puis cette semaine je me suis faite belle en attendant un nouvel amoureux, un auquel je ne demande pas de me comprendre, seulement d’être amoureux. Je me suis regarder dans le miroir, me suis trouvée conforme à mes attentes, et j’ai ri. Mes cheveux arborent des reflets auburns. Ma robe est une blouse à fleurs, avec de grandes poches plaquées sur le devant. JE me suis souvenue de cette journée, de cette anecdote, et me suis dit qu’il n’était pas dans le faux. Mais ma robe est une Agnès b., et je n’ai pas cédé aux crocs …

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Ceci n’est pas une chemise

Contrairement aux apparences, ceci n’est pas une chemise. Ceci est un objet transitionnel entre mon passé et mon présent, la copie conforme d’une autre, que j’ai revêtue il y a longtemps. Une autre une pareille, en jeans avec pressions.

Je l’ai portée une journée, et me suis souvenue que ceci n’est pas une chemise, ceci est une gaine, un corset, un objet de torture, qui me contraint à :

– me tenir droite

– rentrer le ventre ( tout particulièrement en fin de journée, allez comprendre)

– respirer en faisant le petit chien

– ne pas me pencher trop violemment

– incliner la tête régulièrement, contrôler la profondeur du décolleté

– tirer sur les pans d’un geste sec à chaque levée de mon fauteil

Près du corps juste ce qu’il faut, sans marge de sécurité, les pressions sur le fil du rasoir qui me mettent la pression, qui pour un rien déclareraient forfait, je vous le confirme, ceci n’est pas une chemise, mais une thérapie comportementaliste, un entraînement à l’apnée  …

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Juste qu’on m’explique

Voilà, ces chaussures vous les connaissez, je vous les ai déjà montrées. C’est ma touche de fantaisie pour contre-dire une robe trop sévère, mon détail too much pour contre balancer une tenue trop sage.

Bref, un machin dont je rêvais depuis longtemps, sans oser pour de multiples raisons, dont une principale : trop chères !

Je m’explique, les miennes je les ai trouvées chez Zara pour moins de 40€. A ce prix-là, je n’ai presque pas hésité. Et donc depuis des mois, je les sors pour me la péter, faire ma belle. Vous avez remarquer comme un détail, une bêtise peut vous donner de l’assurance.

Alors aujourd’hui, alors que je les arborais, suis tombée sur leurs sœurs. En vitrine elles nous faisaient face, et les orgueilleuses affichaient 290€ …

Depuis, je m’interroge : qui peut acheter ça, à ce prix là, alors que les miennes sont soldées chez Zara, alors qu’elles ne sont qu’un objet tendance, des mal-aimées des saisons prochaines. Alors, j’aimerais que l’on m’explique, la cause d’une telle différence de prix. Fabrication artisanale ? D’origine française ? Couture à la main ?

Oui, j’aimerais, comprendre, et que l’on me lève un doute : se pourrait-il que certains nous prennent pour des connes ?…

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Vernie, mais c’est éphémère

J’ai mis du vernis mat, pas envie de briller. Mis de la couleur adoucie, rien que pour moi, pas pour attirer l’attention. Joué la sofistication sous une couche de discrétion. Mis le brillant en sourdine.

Le vernis à bavé selon son habitude. Je suis une maladroite qui joue à la grande fille.

J’ai habille mes ongles, pour mieux protéger mon âme. J’ai peint mes phanères comme on entre en méditation. Je suis déguisée en guerrière, j’aspire au repos du guerrier. J’ai signé une trêve, soigné les blessures,  limé un ongle ébréché. Doucement, méthodiquement, lent va et vient. J’ai pris soin de moi, me suis fait du bien, me suis fait belle, belle des mains, belle pour demain. C’est bien.

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