Ceci est un sac

Madame,

(Oui cette semaine je suis très lettre ouverte)

Permettez tout d’abord que je vous présente mes excuses pour mon outrecuidance, vous si occupée, moi si riche de temps, de temps à perdre, ce en quoi vous m’avez été fort utile. Reconnaissez que c’est avec beaucoup de douceur que je vous ai adressé mon bonjour, auquel vous avez répondu … par « 2 minutes », ferme et sans un regard. J’ai respecté, attendu, sans voix, agacée. Je tombais mal, le comprenais, la collection automne hiver encombrait votre boutique, vous aviez toutes ces références à entrer dans votre ordinateur, et une cliente putative, même pas une fidèle ni une habituée, simplement moi, qui débarque sans prévenir.

Donc j’ai patienté, je suis patiente, légèrement trahie par deux doigts tapotant sur le comptoir. Oui, je sais, c’est agaçant, mais je ne garde pas mon calme jusqu’au bout de mes doigts.

Votre « VOUI ? » m’a signale qu’enfin vous étiez dispo. Oui, mais pas pour moi. Pour une autre autre clientèle, tellement discrète, que je la pensais en visite.

J’ai attendu. Encore. Attendu votre prochain « VOUI ! ». Enfin il a franchi la barrière de vos lèvres, bien maigres et bien sèches, y a une justice divine parfois. Je vous ai parlé de l’objet de ma visite, demandé si, par hasard …

Vais voir, m’avez-vous dit, peut-être, attendez donc … 2 minutes. Ben voyons. Une autre urgence sur votre ordi, un autre truc qui ne pouvait attendre, parce que moi hein …

Et puis sans un mot vous avez disparu, réapparue, sans un mot, avez balancé un objet sur le comptoir. Je n’osais avancer, n’étais pas sûre d’être concernée, moins encore de vouloir l’être. De nouveau absorbée par votre labeur, vous m’avez lancé « alors vous avez trouvé votre bonheur ? ». Je vous ai répondu non, et suis partie, vous ai quitté sans un au revoir, qui n’aurait été qu’un vil mensonge.

Car c’est avec beaucoup de joie, madame que je vous annonce que nous n’aurons plus le plaisir de nous revoir, vous moi et la couleur de mon argent.

Et puis permettez, madame, que je vous apprenne que ceci, ce sac dont je suis dorénavant l’heureuse propriétaire, n’est nullement mon bonheur. Mon bonheur, madame, je me le fabrique, je le cherche, il me fuit, il me surprend, et s’échappe, au quotidien. Mon bonheur, madame, ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval, dans les rayons d’un magasin, ne se résume pas à un morceau de cuir, quelques rivets, une étiquette. Le bonheur, madame, cela peut être un sourire, un peu de considération, le sentiment d’être important, d’exister pour quelqu’un.

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L’entretien d’une vieille peau

Pas de la mienne. Non mais ! Celle de mon sac, de ses frères, ceux que je ressors au grès de mes envies, et qu’il me faut consoler, récompenser de leur patience, leur redonner vie, leur lustre passé. Et puis les protéger, pour prolonger leur vie, parce qu’à mon âge que le  vintage peut virer à l’has been, à la nana qui s’accroche à son sac comme à une branche sèche.

Donc le soir, mon ELVIS à l’épaule, mon homme au bras, je m’en suis allée, direction l’Empereur, la droguerie mythique, la caverne d’Ali Baba, bien connue de plusieurs générations de Marseillais. J’ai fureté, parcouru les rayons, refusant toute aide, je voulais trouver seule, et découvrir des produits, que j’ai eu connu, que j’avais oublié. Une vraie plongée dans mes souvenirs, la maison de ma grand-mère, l’odeur de celle de mon arrière-grand-mère. L’homme me collait aux basques, « tu cherches quoi ? ». Un peu agacée, apeurée à l’idée de faire fuir mes aïeules, j’ai néanmoins répondu « de l’huile de pied de bœuf ». « Huile de coude, rrrrrrrrr », l’Homme est taquin, parfois même drôle. Parfois. Je n’ai rien répondu. A quoi bon. J’attendais mon triomphe, et le lui ai tendu. Non mais.

Ce machin là, c’est magique, ça protège, ça nourrit, ce n’est pas chimique. Pas de pétrole, pas de silicone, rien qui encrasse, rien qui pollue. Longtemps je l’ai utilisé pour les fauteuils en cuir, ceux qui étaient miens, dans une autre vie. Vous me suivez toujours ? Bon d’accord, rien pour plaire aux végétariens, mais mon sac, lui ne l’est pas, et a aimé. Parce que je le sais, il le vaut bien.

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Et revenir à ses premières amours

Lorsque j’ai le moral en berne, lorsque je frôle la déprime, perso je ne connais pas de meilleur anti-dépresseur que l’achat d’un sac. Aucun effet secondaire, sauf pour mon compte bancaire, pas d’accoutumance, et résultat immédiat.

Il s’agit donc, vous l’aurez compris, d’une pratique saisonnière, bi-annuelle dans le pire des cas, et sélective, car je ne suis pas une fille facile.

J’ai des critères. Stricts. Mon sac, il me le faut en cuir, léger, casual, chic … et qui me plaise … Vaste problème, peu de solutions.

En ce moment, si vous me suivez, vous aurez compris que comme beaucoup d’entre nous, je ne suis pas au meilleur de ma forme. J’avais donc besoin d’un petit remontant, et m’en suis allée à la recherche de mon oiseau rare, mon nouveau précieux.

Parce que la recherche fait monter le désir, participe au plaisir … et génère des déceptions … J’ai mis des semaines à accepter, à me résoudre à l’idée que l’élu n’était pas de ce monde, ou qu’il s’y dissimulait, loin de mes yeux … ou au fond d’un placard … Mon placard. Celui à sacs. Celui qui recèle les remisés, dont je me suis lassée, mais dont je ne peux me séparer, car je sais que leur heure reviendra.

C’est de là que je l’ai extirpé, lui qui y dormait depuis presque un an, celui qui m’a accompagnée jusqu’au bout du monde, a parcouru l’Inde, L’Italie, l’Espagne. MON ELVIS, MON ROCKMAFIA, ma beauté kaki pour mon renouveau cuivré, mon tout léger tout souple, la réminiscence de mon adolescence, qui porte dans sa peau bien des secrets, mon embourgeoisement. Celui qui supporte mon infini barda, qui accepte mon appareil photo aux côtés de mon maquillage, sans jamais s’offusquer, mettre à mal mon épaule.

Je dois vous avouer que mon ROCKMAFIA, je l’aime d’amour. Parce qu’un sac et une femme c’est toute une histoire, une histoire intime, une histoire d’amour. Et moi, MON RockMafia, je l’aime d’amour.

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P.S. : Ce billet n’est pas sponsorisé, c’est une déclaration. Voila c’est tout.