Changement de point de vue

Je rentrais ce soir les bras chargés de mes encombrants achats de juré craché, enfin je vais essayer alors j’ai rien dit, mon premier et dernier jour de soldes. Je rentrais donc du boulot, après une journée sans répit et bien fatigante, où la pause repas c’était transformée en douce folie acheteuse, et que je redescendais sur ça

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Ça, demeurera une énigme pour les non Marseillaises. Ça c’est la façade du Palais de la Bourse, actuelle Chambre du Commerce et de l’Industrie, habillée d’un immense trompe-l’œil, écho de la grande artère qu’il reproduit en perpendiculaire. L’effet est surprenant, sidérant. Vous n’avez pas compris, c’est bien dommage. Pour être plus claire, ou de le tenter, lorsque vous arrivez de la rue Saint Ferréol, St Fé pour les initiés, vous pensez venir du Vieux Port … Vous devinez maintenant l’étrangeté ?

Bref, les bras ont failli m’en tomber, ce qui avouez eu été dommage, vu les petits trésors qu’ils recélaient. Et de me souvenir que dans la vie y a pas que les fringues, que tout cela n’est que futilité, que le plaisir ne passe pas qu’au travers de la peau, mais peut jaillir d’un simple regard

Ma Canebière

En passant

Et puis ma Canebière, l’inqualifiable, avenue boulevard, mademoiselle, madame, nul ne sait, Ma Canebière, qu’as-tu fait de tes enfants ?

Ma Canebière, ma traîtresse, je te vois, je t’observe, te surveille dissimulée derrière mes lunettes, ignorant les harangues des hommes en perdition avinée. Mes pas dessinent une étrange chorégraphie entre éclats de crachat et serpents d’urine, perdue dans une foule de parallèles qui se croisent se percutent, ne se rencontrent jamais.

Ma Canebière, ma Goulue dépravée, livrée abandonnée méprisée des bien-pensants, des frileux nantis ancrés dans leurs beaux quartiers et leurs certitudes, toi dont au quotidien j’arpente le plat fallacieux, qu’as-tu fait de tes enfants ?

Ma Canebière, ma bourgeoise déclassée, lieu de rencontres en pointillés que tu transformes en interrogations, tes corniches menaçantes, tes opérations inesthétiques de ravalement de colmatage, tes fissures, et ton ciel cru qui se mire dans le miroir de tes margelles assassines. Qu’as-tu fait de tes enfants ?

Ma Canebière, ma mère dénaturée, qu’as-tu fait de tes enfants ? Ouvre tes oreilles, entend ces violences ordinaires des hommes à l’encontre de leurs femmes, des femmes à l’encontre de leurs enfants. Ouvre les yeux, regarde de tes bébés étonnement sages mollement suspendus à un mamelon cuivré. Voit tes bataillons de moineaux vomis de tes adjacentes s’éparpiller se perdre se regrouper et quémander sans conviction, une pièce, s’il nous plaît, parce qu’il le faut bien, parce que c’est leur destin, parce qu’ils étouffent sous ta crasse indifférence.

Ma Canebière, ma quotidienne ma régulière, je t’insulte te sermonne te descends, tente essaie de t’aimer malgré tout malgré toi me jeter dans tes bras me noyer dans ton cœur, me guérir de la nausée parmi les flots de rires et l’innocence de tes enfants, enfants d’ici d’ailleurs, tous Marseillais, tous tes enfants.

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