si l’adolescence m’avait été conté, ben … je ne serais pas venue …

L’adolescence est une période de la vie dont certains ne semblent jamais trouver la porte de sortie, et dont personne ne sort indemne.
La cohabitation avec ces êtres hybrides génère une éternelle remise en question et le sentiment d’affronter une tempête en navigant sur un coque de noix. On s’efforce de garder le cap envers et contre tout envers et contre lui.
Chaque jour est source de surprise, qui peut si vous n’y veillez pas dégénérer en conflit. Chaque jour vous qui il y a peu encore pour lui étiez la plus belle la plus parfaite, celle qu’il marierai quand il sera grand, êtes devenue un machin inutile guettée par la maison de retraite, à qui il lui faut expliquer les règles et la vie.
Vous ne connaissez pas (heureuses femmes !), ne me croyez pas, voulez des exemples, en voilà :
– Vous êtes en vacances en Bretagne. L’ado. Mourant. Qui a fait venir SOS Médecin. Qui a diagnostiqué une rhino-pharyngite. Un rhume quoi …
– Vous êtes en vacances, à Vienne, en Autriche, un coup de téléphone nocturne. L’ado, qui a oublié ses clés. Dans l’appartement. Qui est à la rue. Il vous faut faire quelque chose. De Vienne. En Autriche. Tout de suite.
– Vous êtes en vacances en Inde, un coup de téléphone. L’ado. Qui n’a plus de fric. Qui a tout claqué. Ne peut plus rien manger. La vie est tellement chère ! Vous ne pouvez pas comprendre, mais envoyer un mandat, faire un virement, oui …
– Vous êtes en terrasse de votre troquet préféré. Un téléphone sonne. Le vôtre. Vous plongez dans votre sac. Profond. Faites votre Nicolas Hulot. Finissez par dégoter l’objet de votre ennui. Qui a cessé de sonner. Et recommence. L’ado. Qui veut savoir :
1/ où vous êtes
2/ avec qui
2/ à quelle heure vous rentrez
N’y aurait-il pas une petite inversion des rôles ?..
– L’ado va en boîte. Au matin, dans son lit personne. Vous l’appelez. Il arrive. Il est là. Vous conseille de vous assoir. Il va bien il est vivant. La voiture, elle, après trois tonneaux …

– L’ado part en voiture pour une soirée avec des copains. Promis juré, il sera de retour pour le déjeuner. Au dîner, toujours personne. Et le téléphone sur messagerie. Celui des copains aussi. 21h, vous appelez hôpitaux, police, gendarmerie. 22h, il vous appelle. A décidé de prolonger. Plus de batterie. Se moque de votre inquiétude, « oh, mais tu m’aimes … »
– L’ado décide de partir en week-end. A deux heures du matin. Il hurle à travers la maison. Qu’avez-vous fait de la journée travailler peut-être, même pas laver son T-shirt préféré, celui qu’il portait la veille.
– L’ado se nourrit de McDo et vous abandonne le soin de jeter les emballages oubliés sur son passage à travers la maison
– Vous achetez une caisse de vin. Vous voulez en boire une bouteille. Découvrez le carton. Ben quoi, vous ne voudriez pas qu’il passe pour un plouc, un mal élevé un sans manières, votre ado lorsqu’il va en soirée …
– Une journée de boulot, passage rapide sous la douche, mouillée vous voulez vous saisir du savon. Rien, disparu. Ainsi que le shampooing, et le dentifrice. L’ado a fait son shopping sur le rebord de votre baignoire …
– L’ado s’installe dans le canapé à vos côtés. Pour regarder la télé. Se saisit de la télé-commande. Change la chaîne. Juste pour voir les scores. Pas longtemps. Garde la zapette. Au bout d’une demi-heure, vous vous levez. Il vous souhaite une bonne nuit. Et de ne pas revenir, son équipe perd, c’est votre présence qui leur porte la poisse.
– L’ado a deux places pour le stade, personne à qui les proposer, ne veut pas y aller seul. Comment expliquer que vous vous retrouviez assise transie dans un siège baquet détrempé, au milieu d’une foule hurlant en cœur enc…, rêvant à votre bouquin qui vous attend sagement sur le lit.
– Le vieux chien a disparu. Le jour même l’ado vous revient, les larmes aux yeux, un carton dans les bras. A l’intérieur, un chaton. Surtout ne dites rien, c’est trop tard, il a tellement de chagrin, il lui faut absolument un animal dans cette maison. Mais là maintenant il lui faut s’enfuir, il est attendu pour le week end.

Désolée, mais permettez que je m’adresse au nullipares (tant pis et trop tard pour les autres !) : avant toute décision définitive, RÉFLÉCHISSEZ ! 

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Des parfums d’ici et d’ailleurs

Vous l’aurez deviné,
si vous me lisez
depuis quelques mois,
La Canebière
je l’arpente
je la fréquente au quotidien
et chaque année 
à la même période
je suis en over-dose
un trop plein
de misère
de décrépitude
d’abandon
et de crasse
Et éviter les regards
les flaques d’urine
retenir sa respiration
changer de trottoir
Fuir les regards
les bagarres
les égarés de la vie 
les oubliés de la société 
et les rassemblements avinés
Et je me raccroche à mes souvenirs
et mes rêves 
de vacances
dans ce pays lointain 
Celui qui m’attend demain
Ici 
là-bas
ce n’est pas si différent

la même pourriture
les mêmes sourires

La même violence
la même joie de vivre

et les mêmes odeurs troublantes
de putréfraction 

il n’y a pas d’abonné à l’amoureux que vous avez demandé, veuillez consulter l’annuaire

Je sais
c’est facile
mais il fait TRÈS chaud
je n’ai pas trouvé mieux
pour introduire
l’histoire
l’anecdote
que je m’en vais vous raconter
petites veinardes !

Elle tient en une phrase
(je vous l’ai dit vous êtes veinardes)
cette semaine sur mon portable a atterri s’est échoué
un SMS disant « je t’aime »

ou plus merdiquement exactement « Jetaim :^) »

… avec n° de téléphone apparent mais inconnu
de moi
et du répertoire de mon téléphone

Bon, mon unique expéditeur de mots doux ayant son téléphone aux abonnés absents
(je me comprends)
celui que je chéris manie mieux la langue de Molière
(no comment)
je me doute
je sais
je suis sûre
que ce message ne m’est pas destiné

Mais je le prends comme un cadeau
un petit signe
un battement d’aile de Cupidon,
récipiendaire d’un tendre secret


et se pose la question :
je fais quoi maintenant ?
– appelle la personne l’informe de son erreur et la met dans l’embarras
– je réponds par SMS « moi ossi 🙂 »
– mets à la corbeille
et m’en pose d’autres
est-ce une fille
ou un garçon,
est-ce un aveu son premier je t’aime,
il ou elle est-il aimé en retour,
se désespère-t-il de la non réponse.
Et puis ça veut dire quoi :^) ? si vous pouviez éclairer ma lanterne, je suis preneur …)

Et puis je me décide
à ne rien faire
ne pas intervenir dans une histoire qui ne m’appartient pas
qui se doit de suivre son court quoiqu’il advienne
et de,
pour une fois,
croire et avoir foi au destin
que la vie est bien faite
et que nos anges gardiens ne pointent plus au pôle emploi …

Parlez moi lentement, je suis blonde … ou de l’influence de la couleur des cheveux sur les relations humaines

Que vous soyez brune ou blonde, vous n’aurez pas droit au même traitement.
Une fois de plus, cette théorie je l’ai expérimentée dans toute sa palette, dans toutes ses nuances, et je vous livre le fruit de cette pratique qui consiste à changer de tête tous les 6 mois.
Si en amitié et en amour je suis de nature fidèle, si mon humeur est constante (mauvaise, toujours mauvaise), je ne m’accorde qu’un domaine d’action pour ma versatilité : le capillaire.
Et c’est ainsi qu’au fil des années j’ai pu naviguer de rayons en salons de coiffure et connaître :
– La période CHÂTAIN : celle de l’enfance, de ma prime jeunesse, où je ne savais pas, puis ne pouvais faire des reflets, des nuancer, mettre de la couleur, accrocher la lumière et les regards. Il ne fallait assumer  d’être banale, invisible, noyée dans la masse. Et j’attendais le jour où, enfin je pourrais réveiller laisser s’exprimer mon originalité, et révéler ma nature par de l’artificiel …
– La période/les périodes ROUSSE : la première, celle de l’adolescence, de la révolte silencieuse, des premières fois, celle où l’on devient rousse comme un pied de nez à sa famille, un doigt dressé face à sa bonne éducation, un poing levé face à la société.
Celle de tous les possibles, de la croisée des chemins, où l’on croit pouvoir faire des choix, celle dont gardera éternellement la nostalgie.
Alors on (je) y replonge dans ce bain de jouvence. On réapprend à dresser la tête, porter sa chevelure comme un flambeau. Les femmes adorent les hommes détestent. En s’en rit, et puis on se lasse de sa différence, et d’assumer encore et toujours. Alors …
– je suis entrée dans ma période BRUNE, celle des belles italiennes à la féminité triomphante, aux courbes affolantes ; celles qui mettent le feu aux cœurs des hommes. Et pas que.
Et de découvrir qu’une couleur et toute ma bonne volonté, n’y peuvent rien faire : ce rôle n’est pas à mon répertoire, le costume était trop imposant pour moi.
Et de me découvrir victime d’attaques frontales. Avec les brunes, on ne prend pas de gants.
– J’ai décidé, je serai BLONDE, sur un coup de tête. Et je suis blonde, artificielle et j’en suis fière.
Et je découvre que d’être blonde c’est reposant. La blonde, on l’aborde, et en douceur, en s’en moque avec tendresse, on lui parle len-te-ment, on se penche sur son cas.
Car la blonde, telle sa fibre capillaire oxydée, c’est fragile, ça peut casser …
– J’ai également eu, une courte période POIVRE & SEL, une erreur de pré-vieillesse, un moment oùui sans cesse ramènent leur fraise sous le glacis des teintures. l’on se croit passée outre les convenances, capable d’aimer et d’amadouer la traitrise de ces filaments obstinés, qui sans cesse ramènenet leur fraise sous sous le glacis des teintures.
Et finalement je réalise que je me préfère parée d’or que d’argent, que je disparaissais dans la grisaille ambiante … et abdique, je ne suis pas celle que je me croyais être …
Il y eut aussi la période VERTE un jour où je me suis baignée, par inadvertance au milieu de poissons nageant sur le dos, à des milliers de kilomètres de chez moi et de tout coiffeur, où il m’a fallu assumer de magnifiques reflets verts (bouteille), tête haute, espérant que les moins 1m65 n’y voient que du feu. Me trompant. Et où j’ai dû apprendre l’humilité.
La couleur pose le cadre, est ce que l’on voit en premier, ce par quoi on vous définit en premier, (le poids suivant de près) ce qui influe sur notre tenue, vêtements, maquillage, humeur, caractère et bien sûr relations humaines. Car le pire est que l’on s’adapte joue le jeu se le laisse dicter par quelques grammes de kératine.
Et voilà, que de nouveau je m’interroge, vais-je me laisser tenter par le Henné LUSH, qui m’a fait de l’œil, crié prends moi prends moi, et si oui, quelle couleur, et vais-je oser, et après ne vais-je pas le regretter, et assécher longueurs et pointes, et grands travaux mensuels, et récurage de la baignoire, et les cervicales mises à mal, et …
 et voilà, je recommence, suis toujours là, à me poser des questions existentielles !…

Mon lundi Houba Houba

Pour beaucoup cette semaine sonne le glas des vacances. Au boulot, l’ambiance est morose, les mines sont bronzées déconfites et renfrognées. Une rumeur grommelante fait vibrer les cloisons. Au milieu de cette atmosphère de morosité ensommeillée, surnage un sourire : le mien. Moi, qui sagement évite de leur demander comment ils vont les juilletistes, les aoûtiens, les ex-vacanciers, moi qui ai la tête dans ma valise, moi qui peaufine mes préparatifs, moi qui me sens pousser des ailes, moi la tête sur le tarmac, moi prête au décollage, moi toute légère, enjouée.

Bref, vous dont je connais la sagacité, l’aurez deviné, je m’en vais, je m’en vas, youpy ya, samedi, cest officiel, je suis en vacances !

Me restent donc 4 jours pour boucler ma valise, effectuer les ultimes formalités, avec une boule au ventre : la crainte d’oublier. Un essentiel, un indispensable, payer les impôts, confirmer les vols, les médocs, le code de la valise, le passeport, quelques bijoux de pacotille à glisser dans mon sac, mes câbles, pour l’ordi, le téléphone, l’appareil photo, sans oublier l’ordi, le portable, le téléphone, l’appareil photo, mon couteau suisse, MA crème grâce à laquelle je semble être plus jeune de 6 mois au moins, et puis des jupes et des robes, qui l’année passée m’ont fait cruellement défaut (un mois en jeans, j’ai cru qu’il allait me pousser des c…) et puis, p… qu’est-ce que j’oublis ?…

Et arriver à tout faire entrer dans la DELSEY, défendre ma réputation de voyager léger, rouler chaque Tshirt serré, coincer les chaussettes dans les tennis, le confiote dans les serviettes, respecter les limites pondérales draconiennes des compagnies aériennes, épater la galerie (indifférente). Et, dès mon arrivée, faire ma Mary Poppins avec mon Eastpack il will survive de cabine.

Et de m’imaginer vendredi, bondissant de mon lit pour faire, défaire, refaire mes bagages. Et samedi exténuée, et tirer ma valise, sac à dos me sciant l’épaule, et anticiper le décalage horaire, et quémander un surclassement, s’il te plaît madame, siou plaît Air France … qui inéluctablement me sera refusé …

Non mais faut pas croire, faut savoir souffrir pour être en vacances !

Garçon, la même et la pareille …

Ce soir, de fin de semaine, j’ai rendez-vous pour prendre un pot avec des copains. Vous le savez, c’est l’un de mes hobbies préférés. C’est donc avec délice, que je vais me précipité, mais pas trop vite, puisque chaussée de mes talons en direction de l’un de mes bars préférés.
Mais faisant feu de tout bois, et quelque peu en manque d’inspiration que je me saisis de l’occasion de toutes les raisons, événements, anecdotes et autres qui pourraient me faire perdre cette habitude et bouder mon plaisir :
– Il est beau, il est bon, il est branché mon café, je ne suis pas la seule à le savoir, je dois donc me mettre de longues minutes à l’agachon dans les starting blocks, et bondir sans pitié pour mes congénères assoiffés sur la table qui vient de se libérer. Ensuite, faut encore dégotter les chaises qui se devraient d’aller avec …
– Je pose mes coudes sur la table, afin de commencer le long cycle des confidences et m’aperçois qu’elle est bancale. Beaucoup de patience et le sacrifice d’un paquet de kleenex, auront raison de son handicap
– Parfois, si je suis d’humour câline, et que me pousse la témérité d’un Herzog, j’accepte de répondre au désir de l’homme, et de me hisser sur un tabouret … haut … en jupe crayon … et talons hauts … et collants que je nique file au passage. A partir de ce moment, ronds, croisement, clefs de jambes, tentatives de prise d’appui sur le tonneau qui fait office de table, loin si loin trop loin de mon tabouret. Mais vu la situation, et l’échelle à mon Dim, pas à mes côtés, non je ne sauterai plus de mon tabouret. J’y suis, j’y reste !
– Quand je vais dans un bar, c’est accessoirement pour boire, parfois même il m’arrive d’avoir soif. Mais là encore, ce n’est pas gagné, il me faut braver ma peur viscérale du ridicule, et gesticuler, sauter, crier, me dresser sur mon siège. Sur la terrasse, tous me voient. Le garçon, lui, non.
– Regard panoramique autour de moi, sur les tables voisines, et oh malheureuse non-surprise, à portée de coude, une tablée de bobos avec une volée de marmots, bruyants qui ne vont pas tarder à me bousculer durant leurs incessants allés-retours vers leur terrain de jeu la fontaine …
– Existe aussi la variante du couple qui se dispute et dépose là sur leur tables tous leurs vieux dossiers. Moi, je viens là pour me détendre, en quête de douceur
– Véronique et Davina ne me renieraient pas en me voyant gesticuler sur ma chaise, ou plus périlleux mon tabouret, pour tenter d’attirer l’attention du garçon, entre dans son champs visuel. Certains s’essaient au bouddhisme, partent en ashram pour expérimenter la solitude. Moi je pratique le café …
– Au pub, pas de problème. Enfin pas celui-là, non au pub, TU vas te servir au comptoir, et TU ramènes ton breuvage, en tentant de te faufiler entre des armées d’anglais et assimilés imbibés, hilares, hurlants, et d’une stature bien au-dessus de la mienne …
– Et puis au pub, une fois par semaine, le jeudi, il y a de la musique live et celte. Et chiante. Et sonorisée. Fortement sonorisée.
– Au pub, les autres soirs, il y a du sport. A la télé. Tous les sports. Et les grands soirs, y a du foot ou du rugby, et des verres en plastique, et un parquet qui colle sous les semelles. Faut avoir le réflexe, refermer la porte, avant que l’homme, les hommes, les amis, n’aient vu le danger qui plane, et lancer « c’est plein », leur imposer un demi-tour, et éviter un tête à tête avec moi-même au milieu d’une foule déchaînée.
– Un coup d’œil panoramique sur les tables environnantes, et j’y découvre des cacahuètes, absentes de la nôtre. Dis garçon, pour en avoir, avec qui faut-il coucher ?
– Confortablement installés, alors que nous nous apprêtons à passer la commande de boissons et tapas, je repère, qui me fait face, un homme assis au pied d’un platane. Au-dessus de sa tête, un panneau « je fait la grève de la faim » …
– Je me lance dans une discussion enflammée, ponctuée de vastes gestes, et renverse la menthe à l’eau sur les fringues de mon interlocuteur. Voilà qui compromet grandement notre soirée. Mais aussi quelle idée de prendre une menthe à l’eau dépassé 12 ans !
– Je gobe une cacahuète, qui se coince au fond du gosier, et tousse, étouffe, pleure, en viens à croire que je vais mourir là, sous les regards effarés. Pas à dire, on se sent moins seule …
– Dans le bar d’un hôtel de luxe, nous nous extasions sur la déco, commandons deux oranges pressées. Réceptionnons deux fœtus orangés et l’addition … 14€. Pièce. Déguste cocotte, savoure …
Petit rappel, toutes ces anecdotes sont le fruit d’une longue pratique de ces lieux de plaisir et de perdition que sont les débits de boisson. Quand je vous le dis que ce n’est pas toujours facile facile une vie en papillote …

Mon après-midi

Une après-midi sous un soleil de plomb, posé là sur mon dos, que je ploies pour mieux regarder la mer visqueuse battre à mes pieds. 
Mais surtout n’allez pas croire que je sois ici pour m’amuser, non , je suis en service commandé, je travaille quoi. En goguette laborieuse, je vais de bus en bus, traverse différents quartiers.
Je m’efforce à oublier combien j’ai soif. Ma bouche asséchée, les bronches abrasées par l’air brûlant, je marche. 
Je découvre des criques désertes ou presque. Des enfants sautent dans les vagues, des femmes se laissent porter par les flots. Cette escapade impromptue ne m’a pas permis d’emporter un maillot.
Je furète, je cherche la surprise, l’étonnement. Je découvre des lieux publics mythiques inconnus de moi. Là une piscine ouverte sur la mer. Certains s’y prélassent d’autres s’y baignent sous surveillance., en toute sécurité.
Et puis de la rouille, partout de la rouille, sur les volets, les portiques, les barreaux des fenêtres des cabanons accrochés aux rochers. 
Et des ados qui enjambent des portillons de propriétés privées abandonnées, sans même se cacher, naturellement. C’est à ce prix que la crique est à eux, loin des regards ils fument avant de jeter à l’eau leur corps qui hésitent encore à sortir de l’enfance. 

Et puis soudain, je le sais je le sens je suis libre. Les murs de ma prison imaginaire, de ma tour d’ivoire, ceux que j’ai dressés pierre par pierre, se sont évaporés.
Sous mes pieds colle le bitume, mais plus rien ne peut me retenir, je vais là où me porte mon envie. 

Le ciel doit attendre …

Elle était annoncée, je l’espérais, je l’attendais avec impatience : la pluie me pose un lapin.

Vous, les non méditerranéennes, les mal-chanceuses météorologiques, vous allez croire que je me moque, que je vous nargue. Mais que nenni, loin de moi cette idée.

Non, mais, mais comprenez, une seule journée juillétiste de pluie très éphémère, un seul nuage qui s’épanche comme ça en passant, et nous abandonne une période de canicule qui ne veut pas dire son nom, la situation devient insupportable.
Les nuits principalement. Des nuits sombres et blanches où le sommeil rôde, lance des piqûres dans mes yeux embrume ma volonté. Mon corps enveloppé de moiteur, tourne incessamment en quête de fraîcheur,  livre un combat titanesque jusqu’au petit jour. En vain, combat perdu d’avance dont je garde les stigmates tout au long de la journée, sous les yeux, dans le rythme de ma marche.
J’en viens à être heureuse de rejoindre mon bureau, et pousser la clim à fond frôler le refroidissement. Est-ce bien raisonnable ?

Alors moi, je veux un orage et que ça pète ! Je veux la douceur rafraîchissante de son onde la violence revigorante de ses tonnerres annonciateurs des cieux déchirés par des lances lumineuses.
A qui dois-je adresser mes prières ?

Quelques nuages paissent dans mon ciel. J’écoute la météo à la radio qui m’annonce que le mistral s’en vient les balayer.

Bon, et bien, c’est samedi,  je m’en vais me consoler à l’ombre d’un parasol, faire tinter des glaçons dans un verre. C’est pas que j’apprécie …  mais que voulez-vous, faut bien survivre !

Bilan de mon mois félin

J’ai toutes les raisons pour ne pas t’aimer.
D’abord, il y a un mois, alors que je ne faisais que commencer à pleurer le départ d’une autre bestiole bien plus imposante, alors que j’avais le cœur trop gros pour y faire une place pour quiconque, tu as débarqué chez moi.

J’ai commencé par nier ton existence dans cette boîte en carton hermétiquement close, non je ne voulais pas, non ce n’était pas possible. Fiston cadet a dit je te ramène un chat. J’ai insisté. La bonne blague. Il a haussé les épaules, dit « tu crois peut-être que c’est moi qui miaule », ouvert la boîte, et tu as tel un diable, fait littéralement éruption dans ma vie.

C’était un cadeau, et maintenant j’en ai pris pour 20 ans, il va donc m’accompagner jusqu’à l’orée de mes vieux jours !
Je suis donc retourner en esclavage …

Parce que si tu as rapidement cessé de feulé dès que je te rapproche, bien c’est pas gagné ! Ton adolescence est difficile. Tu mords, griffes, prends mes pieds pour ton aire de jeu. Tu ne me lâches pas d’une semelle, me poursuis, miaulant zigzagant entre mes chevilles.

Dans un premier temps il m’a fallu refaire la déco, et si pour les enfants il faut ôter tout ce qui est à hauteur de mains, avec toi, je découvre que tout est à hauteur de pattes, et que tu réinventes les volumes de mon appartement.

Et de retrouve la joie des 4 étages avec en alternance les kilo de litière et ceux de croquettes

Et toutes les nuits câlines, nuits félines, je découvre, moi l’imberbe, la sensation d’avoir une touffe sous les bras, car c’est là que tu te plais à te nicher.

Et tous les matins c’est toi qui me fait émerger de mon sommeil, bien avant le réveil, à grand coup de griffe sur toute surface de peau hors de ma couette.

J’expérimente la zénitude, je m’exerce à garder mon calme sous tes griffes chaque jour plus puissantes. Quel sera le sort de mes collants cet hiver. Je m’interroge. Te souffler sur le nez, suffira-il à ton dressage, vais-je finir par me faire respecter, quelle stratégie pourrais-je mettre en place. Car si tu continues je te préviens, faudra pas te plaindre, je passe aux armes lourdes, la bombe … Évian …

Et puis si tu pouvais cesser de venir te coucher sur mon clavier, là à l’heure même où j’écris à ton sujet, lèves toi, dégages, cesses de me regarder droit dans les yeux de frotter ta tête contre mon visage. Voila une fois de plus tu as gagné, je vais arrêter m’occuper de toi, te gratter sur le cou. Décidément je n’ai aucune autorité. Définitivement je n’ai aucune force de caractère, et je crois bien que, déjà, tu fais partie de ma vie.

Il va bien falloir que je me décide

Bien que nous soyons nombreuses à nous disputer ce titre
Je m’auto-proclame la reine de la procrastination
Mais voilà cela fait des mois que je sais devoir prendre une décision :
changer de portable
Ce n’est pas que je veuille
que ce soit un choix
une coquetterie
non mon Iphone
(pour ne pas le nommer)
me lâche
sa batterie file
frôle l’abandon 
Et puis résurrection inattendue, ça remarche je saute de joie, suis soulagée, le proclame « il est revenu, il remarche mon Iphone » ! 
Suis heureuse nous allons pouvoir continuer notre chemin, côte à côte, je vais pouvoir l’emmener en vacances, affronter la violence des pluies, les extrêmes chaleurs, les routes chaotiques, les 
Et puis non, il me refait des caprices, à moins qu’il ne soit moribond, mais l’écran m’apparaît étrangement obscur. 
Maintenant, je n’y lis plus rien. Je devine. 
Ou pas.
Il va donc que je change de scénario, envisage l’achat d’un remplaçant. Et ce n’est pas le moment idéal, si tant est qu’il en existe un. D’abord un nouveau mobile n’est et n’a jamais été source de joie pour moi. Un téléphone, est un objet utilitaire devenu indispensable ou presque à mon quotidien, pour téléphoner. Parfois photographier. Le reste je m’en fiche. Je veux pouvoir rester déconnecter, et même quelque fois l’oublier, et qu’il ne prenne pas le contrôle sur ma vie, me laisse un peu tranquille. 
Et puis ces machins hors de prix, de la valeur de la moitié d’un smic, à l’indécence ostentatoire, attirent des convoitises potentiellement dangereuses, et ma culpabilité. Je m’interroge est-ce bien raisonnable ?
Moi, je veux qu’il guérisse mon vieil engin à la vitre brisée, ce modèle depuis fort longtemps démodé, dont aucune fonctionnalité ne m’échappe, que j’ai mis tant de temps à domestiquer, je veux qu’il me revienne d’entre les morts, qu’un miracle s’opère. 
Iphone, lève-toi et marche !
Ou si ce n’est toi, je veux ton frère. Mais ça c’est pas gagné !
En attendant, qu’un occasion se présente, nous allons bricoler une relation tendre douce et en aveugle.
Et puis au pire …
Non, là je rigole !

Et puis, on peut ne pas être parfait, hors norme, hors des canons des critères de beauté, 
et cependant magnifique et même mieux