L’apero villageois

Comment vous dire sans passer pour une pouffe de citadine, ce que sans doute aucun je suis, mais je n’aime pas la campagne. Ou bien à petites doses, voire homéopathiques, et en bonne compagnie, amoureux, amis, copains …
Croyez moi, je m’y suis essayée, j’ai fait des efforts, j’y ai même presque vécu mais il fut un temps, mais force est de constater l’évidence entre elle et moi, c’est une question d’incompatibilité. Pour le dire plus clairement à la campagne, plutôt tôt que tard je finis toujours par me faire chier pardon m’ennuyer. Faut me comprendre, pas de librairie, pas de cinéma, pas de théâtre,la culture se trouve dans les champs, sous une forme à laquelle invariablement je me révèle allergique.
Certains se croient investis de la mission qui si je les en crois ne peut qu’échanger ma vie, en mieux : me convertir à la campagne, me transformer en belle des champs …
Et de m’inviter dans un village qui s’autoproclame ville, et de me faire découvrir les charmes du quotidien fait de simplicité et de convivialité. Et je baille et m’en retourne à mes lectures, à mes écritures, à mes recherches sur le net, bref je prends la suite, dans l’attente de me faire la belle.
Et puis ce soir, alors que je sentais la bouderie pointer le bout de son nez, on
m’a proposé de m’en aller prendre un verre, un apéro dehors … En immersion, dans les effluves anisées et enfumées, touristes amusés, et finalement hilares parmi les autochtones, quelque peu avinés, joyeux, chaleureux, déterminés à prolonger la nuit jusqu’au bout de la nuit, enfin 21h … Celle de la fermeture du troquet …

20130509-211216.jpg

Cinq jours cadeau

Cinq jours de vacances que l’on n’a pas eu à poser afin de se reposer, grasse-mâtiner, faire dorer la pilule du cachet d’aspirine. Cinq jours faits de bleu, de jaune, et de vert aussi, cinq jours loin de mon quotidien bocal à poissons rouges, cinq jours où je cesse de tourner en rond et prends la tangente.

Cinq jours à réapprendre la liberté, cinq jours l’œil rivé sur l’œilleton de mon appareil photo, cinq jours à réapprendre à sourire, rire, cinq jours dont un presque écoulé. Presque.

Presque et là je m’en vais courir les rues je m’en va ouvrir mon cadeau jusqu’au cœur de la rue

20130508-204526.jpg

Voyage voyage

En voyage toujours je m’étonne de croiser des troupeaux de mes congénères touristes. Sans doute mus par un instinct grégaire, ou de la peur de l’inconnu, ils se déplacent, le plus souvent lentement, badgés, certains, les bons élèves, collés à leur guide, les autres le regard perdu en quête d’une terrasse ombragée pour accueillir leur fatigue.

Et je me suis interrogée sur ce qui les incite à ne passer nos frontières qu’entre concitoyens et recréer un microcosme franchouillard alors qu’ils ont théoriquement opté pour l’exotisme. Bien sûr, dans ces conditions, il serait bien plus simple de séjourner à Vichy ou à Ventimille. Tout au moins est-ce ce que j’ai pensé dans un premier temps. Et puis je me suis souvenue d’une époque pas si lointaine, d’une génération, celle d’après-guerre pionnière et des congés payés, qui après avoir goûté aux vacances en camping sur la Costa Brava, se mettait à rêver de lointains paysages. Leur enfance avait été bercée par les récits des grands explorateurs, bravant indigènes, climats et animaux hostiles au péri de leur vie. Alors, les plus téméraires poussaient la porte d’une agence de voyage, et prenaient un forfait tout compris, avec prise en charge dès l’aéroport.

C’était les décennies où la télévision entrait peu à peu dans les foyers, où d’une chaîne elle passait à trois, toutes étatisées, où la guerre froide battait son plein, où l’on ne parlait de l’étranger que pour en narrer les guerres et les menaces, et où ouvrir l’Encyclopédie Universalis était une invitation au rêve.

Nous, ceux qui y écrivons et ceux qui nous lisent, sommes des purs produits internet. Une question, un doute ? Nous allons chercher la réponse sur le net. Nous comparons, cherchons, achetons sur nos portables. Nous voyageons loin, mais toujours connectés, toujours en lien avec les nôtres, toujours informés heure par heure.

Finalement sommes-nous, suis-je si différente de tous ceux que je regarde avec curiosité condescendante ? Ils sont nos parents, nos grands-parents, tout comme nous, moi, mus par la curiosité et la soif de découverte. Ils nous ont ouvert la voie, que nous pouvons suivre avec plus de liberté.

20130414-203125.jpg