J’ai des défauts … et je m’y assieds dessus …

C’était une soirée célibataire où faute de foot à la télé je buvais une bière en lisant Proust dans la pléiade… Nan je plaisante ! C’était une fin d’après-midi banale et ennuyeuse comme tant d’autres, même de m’en plaindre commençait à me paraître lassant, et pour affronter un férié où je pourrais ne pas être à la fête j’avais investi, 1€60, dans 2 magazines.

Deux magazines à si petit prix, pour sauter de joie, tressauter de surprise, bondir d’exaspération c’est ma façon a moi de faire du sport, et un excellent investissement.

Alors aujourd’hui je voudrais vous parler de cet article, qui a eu l’effet d’une séance de cardio

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Dans un premier temps, c’est l’illustration, cette jolie fille sur papier glacé, une fille parfaite, une madone immaculée, exempte de tout défaut. Alors oui, moi je râle, moi qui galère à trouver dans MA bibliothèque une photo pour illustre chacun de MES articles, moi qui parfois doit mettre certains de mes écrits au placard dans l’attente du bon cliché.

Alors oui j’ai râlé et puis j’ai lu et j’ai pesté, car contrairement à ce qui est annoncé, on ne nous apprend pas à je cite assumer à fond, mais à dissimuler cacher tricher camoufler. Moi je bougonne parce que je n’ai visiblement pas la même définition de la beauté, cet inatteignable absolu cette quête que toute femme, dès son plus jeune âge, a appris devoir entreprendre. En pure perte, si ce n’est financière, et j’aurais tendance à rajouter heureusement.

Heureusement, car chacun a sa définition de la beauté, une définition ethnique sociale changeante, parce que la beauté est fugace et subtile, et qu’elle n’a rien à voir avoir la perfection. La beauté est un saisissement, un trouble, un frisson. La beauté est une fascination une irrésistible attraction qui aimante le regard et trouble l’âme de celui qui en est témoin.

La beauté est le contraire de la joliesse, la beauté est du divin qui s’incarne dans l’humain. La beauté ne connait pas les équations, ne peut se résumer en un chiffre, même fait d’or, et se découvre dans une voix, un regard, sur une peau, et ne s’oublie jamais.

Faudrait pas me prendre pour une dinde. Ni un mouton. Une nouille peut-être …

Une agence de mannequin est allée effectuer son recrutement à la sortie d’un hôpital traitant l’anorexie. Marie-Claire s’insurge, Marie-Claire se fend d’un communiqué post sur Facebook (ben oui, j’ai Marie-Claire en amie sur Facebook).

Alos moi, je dis bravo, chapeau, c’est beau et courageux Marie-Claire de ne pas créditer de dénoncer des pratiques indignes et ignominieuses de ces vautours sans conscience ni foi ni loi.

Alors, pour sceller notre réconciliation, (et écourter un trajet un tantinet longuet) je me suis payé le dernier Marie-Claire … dont le titre phare m’a fait sourire « révolution MINCEUR, quand manger fait maigrir ». C’est de saison me suis-je dit, aucun magazine ne peut faire l’impasse sur ce sujet, sans risquer de se faire voler la vedette par la concurrence.

Et puis je me suis précipitée, confortablement installée dans mon siège, sur les pages qui reposent, mettent les neurones au repos, la MODE !

Voilà, voilà        20130425-214557.jpgje suis tombée sur, comment dire, une liane sans nœud dotée d’un métabolisme très gourmand. Enfin ça c’est ce qu’elles disent toutes, alors que la majorité collectionne les jours sans pain, glucide, lipide, dont tout excès peut se voir puni d’un doigt au fond de la gorge.

Enfin, admettons que cette jeune femme, la veinarde, appartienne à la première catégorie, admettons qu’elle fasse partie de cette élite, cette infinitésimale minorité constituée grandes jeunes belles minces et photogéniques, qui sont chassées aux quatre coins du monde, transformées remodelées et offertes en pâture sur les podiums et nos féminins.

Leur extrême minceur est garante de la mise en valeur des vêtements. Les corps s’effacent, seuls les tissus prennent vie. Enfin, c’est l’argument avancé par les professionnels de la mode. Et peu leur importe de nous renvoyer, nous les ordinaires à notre humaine condition, faite de ronds et de déliés, d’incomplétudes et d’imperfections. Peu leur importe tant qu’ils nous vendent du rêve, de l’éternité  juvénile, sur les pages glacées, le but étant de nous vendre des élixirs, des crèmes, des onguents, des pilules, de la chirurgie, des injections, des gaines, des soieries, des bijoux, qui nous donnent à croire qu’avec un peu de volonté, beaucoup d’argent nous aussi nous pourrons réparer les outrages du temps et de la nature. Ils nous dressent contre nos corps qu’ils nous rappellent devoir dompter, et nous deviennent étrangers, objets de tourments et nos pires ennemis.

Alors, certes, pour se donner bonne conscience, en pointillés, des quinquas font la une de couv’, et l’objet d’un article, au cours duquel elles nous livrent TOUS leurs secrets de beauté, que je peux vous réciter : une bonne hygiène de vie, sport diététique et beaucoup de sommeil, l’Amour, une esthéticienne qui fait des massages divins et qui d’ailleurs est devenue leur amie, et une crème que pour rien au monde elle ne changerait (pariez sur celle de la Mer qui a détrôné celle au Caviar …). La chirurgie esthétique ? Jamais ! Elles concèdent du bout des lèvres savamment repulpées quelques séances de laser, voire quelques injections, mais bon, juste pour leur effet bonne mine, défroisser comme après des vacances, qu’elles ne peuvent s’octroyer, elles sont tant sollicitées !

On le croit !

Ou pas.

Pas. Nous ne sommes ni dupes ni stupides, notre lot commun est, dans le meilleur des cas la sénescence. Nous luttons avec les moyens du bord, nos faibles revenus, enfin les miens, pour ne pas sombrer, sauver la face, faire bonne figure et autres fadaises, et gagner en légèreté, lutter contre la gravité, sans pour autant succomber aux sirènes de la cosméto pacsées aux tritons du marketing.

Bon, je vous quitte, suis grave à la bourre, me faut passer chez le Bio du coin, pour m’acheter une huile qui coûte un bras le millilitre, mais aux propriétés démentielles, style détend, déride, remonte, décrispe. Enfin, c’est ce que j’ai lu, sur le net, et c’est pas pareil. Parce qu’à moi, vous l’aurez compris, on ne la fait pas …