Je me souviens

C’est dimanche, c’est jour de fête, c’est dimanche c’est la fête des mères, la fête des nouilles en collier, et je me souviens.

Je me souviens de cette époque pas si lointaine, où j’étais aimée de trois hommes, trois hommes dont deux en en devenir, deux en herbe.

Je me souviens que j’étais aimée, que j’étais la plus belle des femmes, la plus belles des mamans, et de toutes leurs croyances et de toutes leurs promesses, que jamais ils ne me quitteraient, resteraient toujours avec moi. Je me souviens de leur rêves d’épousailles pour quand ils seraient grands et que je serais petite. Je me souviens leur avoir expliqué que cela ne se passait pas ainsi, que quand ils seraient grands je serais vieille, qu’ils quitteront le nid qu’ils seront amoureux, qu’ainsi va la vie, et que c’est bien ainsi.

Et le temps a passé, et je ne suis pas vieille. Mes bébés sont devenus des hommes et demeurent mes enfants. Les hommes sont partis, d’autres sont passés, un est resté. Les amours changent, je ne crois plus en l’éternité, sais qu’elle n’est pas de ce monde, et pour l’autre, je ne suis pas pressée.

Alors cette année, pas de collier de nouilles, pas de dessins parsemés de paillettes, pas de déclamations de poèmes qui invariablement se terminent par maman je t’aime, pas de petits bras enserrant mon corps. Cette année nous improviserons une fête différente, différente des autres années. Cette année nous nous ferons des bises pudiques, leurs barbes grifferont mes joues, et je me souviendrai que ces hommes, ces hommes que je souhaite libres et heureux, c’est moi qui les ai fait

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Et toi, tu fais quoi pour le 1er mai ?

Pour le 1er mai je me souviens que c’est la fête du travail, de la grogne, des revendications, des syndicats, des défilés. Je me souviens que dans ma lointaine enfance, tout s’arrêtait, dans le public et le privé, aucun service, aucun loisir, pas de transport, pas de télé, pas de ciné. Un jour de fête, où je pouvais en douce m’atteler à la confection de mon cadeau de celle des Mères, deux jours que j’ignorais instaurées par Pétain. Un jour off, un jour pour se souvenir de ceux qui sont morts pour la lutte ouvrière, tombés sous les coups ou les balles. Un jour de commémoration du courage de ceux qui ont osé descendre dans la rue, cesser le travail, prendre de réels risques pour eux pour leurs familles, ceux grâce auxquels je bénéficie de la sécurité sociale, de congés payés, grâce auxquels j’ai des droits salariaux.

Ce 1er mai, je me souviens avoir défilé un 1er mai en 2002, crier ma honte de faire partie de ce peuple ayant mené Lepen au 2ème tour des présidentielles.

Je me souviens de ce muguet sauvage, cueilli au petit matin dans le jardin de ma grand-mère. Je me souviens de la table de camping rouge et saugrenue sur le trottoir, et du muguet vendu en quelques heures, de l’indifférence des acheteurs pressés d’accomplir leur achat, pour une mère une amoureuse une belle-mère, des baillements de l’amoureux du moment auxquels les miens répondaient.

Aujourd’hui, l’amoureux a disparu, je n’aime plus l’odeur du muguet. Je ne reconnais pas mes revendications dans celles haineuses qui retentissent dans mes rues. J’écoute la radio, je me fais un henné, je bois un café, je m’occupe de ma maison, mon chat, je m’occupe de moi. J’attends le soleil, le beau temps, et rêve, rêve au jour où enfin je pourrai faire ce qui me plait.

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