Et si demain, je n’y allais pas !

Vous ne vous l’êtes jamais posée vous cette question ? Et si demain, je n’y allais pas travailler. Et si je m’enfuyais, faisais le boulot buissonnier.

Allez avouez, vous aussi n’est-ce pas vous y avez pensé. Et surtout un lundi, après un week-end de bonheur, au sortir de vacances en éden.

Vous aussi vous vous refusez à vous laisser grignoter par la banalité, la réalité maussade, celle qui englue et tue à petit feu l’étincelle qui s’était fait jour, et laisse percevoir qu’il existe un espoir de nous en mieux.

On se met à croire que l’on peut tout envoyer bouler, que l’on peut, que l’on doit, que tous les possibles dont on avait rêvé étaient à portée de main, et nous chatouillent le bout des phalanges.

Alors on se dit, qu’on a le droit, sans se justifier, comme ça, d’un claquement de doigts et de talons, on se casse. Ou l’on reste dans son lit, sous sa couette, seul ou à deux. Et mettre dans sa vie du merveilleux.

Certains osent abandonnent par courage.

Et moi

Moi, je vais régler mon réveil, préparer mon cartable, mes vêtements automnaux, remiser les estivaux, et nourrir mes rêves de beaux jours et de bientôt, très bientôt

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I’ll be back India !

Ma valise en phase de bouclage, m’est venue l’excellente idée de consulter MétéoFrance …

Alors là choc
thermique
dégringolade
de moral

je ne vais pas atterrir
moa
je vais chuter
dans un univers hostile
automnal et frisquet

Non, mais
vous croyez vraiment qu’en me proposant
une météo
aussi merdique
vous allez m’inciter au retour ?

Non, mais
moa
ici je ne m’habille
que d’une légère cotonnade
je me la pète dans de la soie
m’enroule par coquetterie nocturne
dans une précieuse étole

Non, mais
je ne veux pas de lainage
pas de strates de vêtements
aux matières pas toujours naturelles

Non mais
ça
c’est un coup à faire jouer son droit de retrait

et puis Air France
pourrait
pour une fois
se montrer solidaire
de moi
et se lancer dans une grève
sans préavis
sans raison
autre que mon bon plaisir

Bon,
mais
il semblerait qu’il me reste
quelques heures à savourer
il semblerait
que je m’enfuis
me perdre dans mon dernier marché
manger mon dernier nan
me perdre dans mon dernier marché
m’enivrer de santal et de musc
pour quelques heures
pour toute une année

il semblerait que tant que ce n’est pas fini
tout m’est permis

il semblerait
qu’à cet instant
au futur
je préfère le présent

Et j’oublie

Et j’oublie

j’oublie que j’ai oublié mon vernis à ongles
que la lessive
il est préférable que JE me la fasse
et à la main
et encore quand j’ai de l’eau
après avoir dû me laver au seau et au baquet

j’oublie qu’en Inde
je ne suis qu’une femme
un sous-être
indigne d’un salut d’un bonjour d’un sourire
dont nul ne s’inquiétait de son confort
de sa satisfaction

j’oublie les orages
qui me font croire à une attaque du Pakistan
les trombes d’eau
rares cette année
et mes rues devenues immenses baignoires de boue

j’oublie les klaxons incessants et assourdissants
les néons éblouissants
les trottoirs défoncés transformant nos balades en trekking urbain

j’oublie que de traverser une rue
est risquer ma vie
me donne des frissons

je veux ignorer
que le prix du gaz
de l’électricité
les impôts
métro boulot dodo
vont me retomber sur le paletot
que bientôt il va me falloir acheter un manteau

 je veux ignorer
que bientôt je vais mettre toute mon énergie
dans la recherche du liner parfait
me torturer l’esprit pour me décider
à demeurer blonde
redevenir rousse
ou chocolat

et bientôt préparer les anniversaires
et Noël
et le réveillon

je fais quoi pour le réveillon
je sors
j’organise
je boude

retrouver mon train-train
refaire des projets
diagnostics
pronostics

moi qui ici vis au quotidien
dans le relatif et l’aléatoire

mais sais que ma vie va se charger de me rattraper

Et déjà la nostalgie se fait sa petite place dans un creux de mon âme
et de l’Inde,
je garde dans mon cœur
les odeurs
les saveurs
les couleurs de l’Inde

Parce que je le regrette, mais je le sens, il se met à me pousser des nuages sous les ailes

et qu’arrive l’heure de prendre mon envol, mon avion, et des bilans, que je me refuse de dresser.
Je n’aime pas me retourner. Ni la nostalgie, que l’on traîne tel un sac à dos, trop pesant mal équilibré.

Alors, il me faut être positive, et songer à tout ce que je vais retrouver, savourer, ce qui sera, en mieux, en différent, qui est ma vie mon quotidien mon chez moi :

– retrouver mes amis, mes enfants, mon chat
– boire à satiété, au robinet, et s’y laver les dents
– ne plus craindre les coupures d’électricité, ou d’eau
– jeter ses ordures en toute bonne conscience, en sachant qu’elles vont être recyclées, et non balancées     par dessus un mur
– vous lire, et échanger, sans interruption, sans que cela prenne une plombe et vide ma batterie
– manger sur des nappes propres, des crudités, des salades, et des steacks
– me faire une manucure, une pédicure (tiens, et si j’allais nourrir les poissons ?…)
– traverser sans devoir réfléchir à de quel côté déjà elles arrivent, en théorie, les voitures ici …
– répondre à TOUS mes appels téléphoniques, et enfin pouvoir insulter le harceleur
télé-vendeur qui m’appelle bi-quotidiennement depuis 1 mois !
– me l’offrir ce nouveau téléphone, et en finir avec les morceaux de scotch, élastiques et carrés de papiers
– faire des tirages de mes photos, après un tri minutieux, un revisionnage de mes souvenirs, et les offrir en pâture à ceux qui savent et qui comprennent

Et puis il y a les nouvelles habitudes l’huile de coco que je glisse sur mes cheveux à la veille de chaque shampooing. Et puis, les multiples foulards de toutes couleurs, que j’ai appris à glisser dans mes cheveux,des babioles

des foulards
petits carrés de soie
que je noue dans mes cheveux 
dissimulent mes racines 
qui me font usage de head-band
me donnent un petit côté folle
époque
des colonies
Et des collants
sans pieds
(ben, oui, quoi, comment mettre ses tongs sinon)
qui plissent sur les mollets
et s’abandonnent nonchalamment sur les chevilles
noirs bien sûr
et des épais
et des plus fins
pour moi
et mes copines
mes proches
qui me ressemblent un peu
et qui comprendront
sauront traduire l’élégance incongrue de cet objet 
Et des souvenirs 
qui n’en sont pas encore  
un détachement 
qui je le sais ne durera pas 
des projets de vie 
de progrès 
de changements 
de continuité 
de plus 
et de encore

En Inde, je me suis laissée transporter

Commençons par un exotisme,
une curiosité
une erreur
une galéjade
la voie royale vers l’ostéopathe

le bus !

Entassés
debout
éloignée par des dizaines de corps du responsable de cette aventure
m’excusant déjà d’un demi-sourire
de l’appareil photo collé au visage de l’Indienne assise
et donc chanceuse (avant mon arrivée)
des appareils génitaux inconnus calés contre mes fesses hanches et cuisses
subissant les hurlements du contrôleur
qui me hurle en Kannada, et qu’étrangement je comprends
de me pousser
faire de la place
encore toujours

Et lutter contre l’envolée à chaque dos d’âne,
chaque nid de poule
chaque embardée

Et en sortir
vaguement éparpillée
assommée
groggie
mais heureuse et étonnée d’être encore en vie

Plus luxueux
nous avons le taxi
avec ou sans clim
avec ou sans chauffeur parlant anglais
et le comprenant
et connaissant la route
et son code
et les limitation de vitesse

Le taxi au sens de la déco très affirmé
et particulier
au Saint Christophe

qui a fait place à Ganesh
et ses étonnants comparses

Et puis bien sûr
vous l’attendiez
le rickshaw
à pétrole
ou à gaz


celui qui interpelle
et clacsonne à tout bout de trottoir
qui se faufile
tourne de façon intempestive
aux chauffeurs taiseux
ou volubiles … en kannada …
celui avec lequel il faut âprement discuter du prix de la course
celui dont le meter/compteur n’est que faribole décorative

Bref
vous l’aurez compris
mon préféré

Quant au vélo
je vous en parlerai
peut-être
après
une autre fois
une autre histoire
une autre humeur
un autre billet
parce qu’il le vaut bien …

Et demain, ce sont les trous d’air 
qui vont me chatouiller la tripaille
et me consoler d’un retour 
si désespérant 
si inévitable 
Parce qu’après tout
bien réfléchi
à vol d’oiseau 
je ne suis pas si loin …

Aujourd’hui, en Inde, j’ai croisé des élégantes

Elles ont fait éruption, échappées de la poussière de ciment et de marbre d’un chantier.

Saris maculés, démarche de ces femmes au détachement ostentatoire, pauvres parmi les pauvres, ignorées bafouées, méprisées, tout au bas de l’échelle aux échelons sciés, elles ont coupé ma route et mon élan.

Sur la tête, une serviette à l’éponge élimée d’un autre temps, jeté d’un mouvement précis et négligent pour protéger ce que les femmes d’ici ont de plus précieux et qu’elle ne sacrifient qu’aux Dieux, leur chevelure de jais.

J’ai pris cette photo, de loin. L’une l’a perçu et d’une volte de la tête m’a fait face, scrutée, puis détournée, sans même interrompre sa marche.

J’étais fascinée par autant de beauté qui ne s’encombre d’aucun qualificatif.

Parce que l’élégance était là, me tournant le dos, proche et inatteignable, me laissant sans mots ni explication.

Parce que l’élégance ne s’explique pas, ne s’enseigne pas. Elle est sauvage, n’est pas sous dépendance. C’est un corps délié, en liberté, qui se refuse à toute contrainte, qui occupe l’espace.
C’est le lotus, né de la fange, et du Gange, et qui s’élève pour éclore et s’épanouir dans la lumière.

Où il est question de mariage, et d’amour, lorsque c’est en Inde, et que ce n’est pas pareil

Elle m’a abordée, dès mon arrivée sur cette plage du nord de Goa.
Frêle silhouette ambrée, aux bras chargés de colliers, usant de son charme, m’harponnant par son sourire.
J’ai résisté. J’ai été ferme. Définitive. Non, c’est non.

Elle a engagée la conversation. Voulait savoir d’où je venais. J’ai répondu. Lui ai retournée la question. Elle venait du Kerala, et oui, c’est loin, mais il le fallait bien.

D’un coup de menton, elle a désigné mon compagnon, m’a demandé si c’était mon mari. Pour faire court et compréhensible, j’ai répondu que oui.

Alors nous avons échangé sur nos vies. Elle m’a dit avoir 20 ans et un enfant, un garçon de 10 mois, resté avec son mari. Je lui ai demandé, il fait quoi, ton mari. Ben il attend. Avec l’enfant. Elle a fait une grimace. L’enfant lui manquait. Pas le mari. Le mari qu’elle me dit ni bon ni mauvais. Un mari quoi. L’homme, mon compagnon, a posé LA question que je n’aurais jamais osé, dont je prévoyais les effets appréhendais les tourments, et dis, tu l’aimes ton mari.
Elle a ri, crispée, par politesse, pour gagner du temps, espérant peut-être pouvoir feindre de n’avoir entendu, et a glissé un non.
Je savais que cette demande était impudique hors sujet, qu’ici, les mariages sont arrangés par les familles, dans leur intérêt et celui de la lignée, dans la caste, en sortant de la famille, dans le respect de la tradition en fuyant tout risque d’inceste. Ici, on se marie, on respecte le contrat, que d’autres ont passé pour soi, avec l’aide l’astrologue, et puis on avance pour la vie durant, côte à côte dans le meilleur des cas. On vit, parfois, l’on survit. Et l’amour reste sur les écrans, une super-production bollywoodienne.

Et puis je lui ai acheté un collier. Nous nous sommes séparés, sachant que jamais nous ne nous reverrons 

Tout a une fin, et tout peut recommencer

Il était là sur mon chemin sablonneux de Goa
entre terre et mer 
entre roux et blanc 
entre méfiance et quémande d’affection 
Et soudain 
de celui qui se doit de m’attendre 
lové dans des coussins
que j’ai quitté petit encore 
que je vais retrouvé presque adulte 
assurément 
je me suis souvenue que le temps m’était compté 
que mes vacances touchaient à leur terme 
et que bientôt il me faudrait tout reprendre là 
où je l’ai laissé 
et que bientôt il allait de nouveau falloir 
me battre combattre 
tomber 
et me relever encore 
et en riant 
de moi-même et de l’adversité 
que bientôt ma petite bulle 
coincée entre souk et 21ème siècle 
avec coupures d’électricité 
et d’internet 
va se faire éclater par un avion 
celui de mon retour 
avec et vers ceux que j’aime
que je ne peux nommer 
par respect de leur anonymat 
ou de leur pudeur
mais qui se reconnaissent 
qui savent parce que je le leur répète 
et leur rappelle 
que  
le noyau 
le moteur de nos vies 
tout au moins de la mienne 
qui se décline entre amour et passion 
s’emporte partout avec soi 
caché mais pas trop dans son cœur
libère 
et rassure 
et toujours nous ramène à notre port d’attache  

Et je m’en suis allée voir des rizières

Et j’y ai rencontré 
hommes et animaux 
y travaillant 
dans le plus grand silence

Leurs gestes séculaires 
amples et minutieux
caressent l’espace
Kaléidoscope de verdure et de terre
apaisant et envoutant 
qui prend forme sous nos yeux
Chorégraphie hypnotique 
dont ils me font grâce 
indifférents à ma présence
J’en oublie 
la chaleur 
j’en oublie 
leur fatigue 

Mon déjeuner dans un routier indien … pas sympa

J’ai fait ma chochotte, mon occidentale, ma précieuse.
Ai refuser de me laver les mains et de les essuyer au papier journal

J’ai fait ma chieuse, ma râleuse, ma française
critiquant le gaisseux le poisseux la crasse

Pas de carte
pas de choix
pas compris
imposé

Du riz au ghee
quelques crudités
que mon instinct me conseillait d’éviter
un nann d’un autre jour
et un dessert
au riz visqueux
baignant
se noyant dans du lait

L’addition
elle
était occidentale
spécial-touriste-t’avais-faim
tant-pis-pour-toi

Mon petit doigt m’avait hurlé
qu’il me fallait m’abstenir
passer mon chemin

Mon p’tit bidon me l’a confirmé
des jours durant
il avait raison !