Moi aussi, j’ai vu Hopper

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Des années que j’en rêvais. Je n’étais pas la seule. Nous avons fait rêve commun, avons acheté des billets, nous en sommes allés à la capitale, sommes allés découvrir Hopper en vrai. J’y suis allée vaguement inquiète d’être déçue, que ces œuvres sur-exploitées puissent se révéler fades et finalement sans intéret.

Nous avons fait la queue, comme il se doit, au milieu de râleurs, dont pour une fois, je ne faisais pas partie. J’étais sage, concentrée, prête à vivre un grand moment. A l’heure prévue, je suis entrée, et m’en suis partie à la découverte des paysages qui parlent à nos mémoires cinéphiles, des transparences que les pudiques copies nous avaient dissimulées. Et j’ai aimé. J’ai aimé l’intelligence de cette installation nous plongeant d’entrée dans des lieux lointains, des temps révolus. J’ai aimé les couleurs et les lumières. J’ai aimé être voyeuses de ces instants fugaces où des êtres s’échappent à eux-mêmes. D’aucuns y voient de la solitude, là où moi je vois un dialogue intérieur, moments forts intenses et vitaux, de recentrage, de mise au point, au clair avec soi-même. On sait bien que la vie va reprendre et nous happer dans ses tourbillons. On sait bien que rien ne dure, tout peut disparaître nous être ôté, que ce soit bonheur ou malheur, et combien il est difficile de vivre l’instant présent.

Hopper m’a rappelé que j’étais heureuse, et m’en suis retournée me noyer dans la foule, prendre le métro.

« Les derniers jours de Stephan Zweig »

C’était un cadeau, une surprise, une soirée au théâtre que « ON » nous avait réservée. « ON » en avait pris l’initiative, « ON » avait choisi, en fonction de nos critères, de nos goûts, cherchant et trouvant un compromis. Je ne suis pas sûre de l’en avoir suffisement remercier, suis pas bonne en remerciement. Mais, avouez, c’est chou

Bref, nous nous sommes rendus au Théâtre Antoine, assister à une représentation de la pièce tirée du best-sellers de Laurent Seksik. Le lieu, pour celles qui ne le connaissent pas est merveilleux. Une coupe de champagne dans le salon, est un vrai délice, une mise en bouche tout en velours rouge. Oui, c’est chou

Et puis nous nous installons, inconfortablement comme il se doit en plein hiver. Nous avons le choix entre le manteau sous les fesses et dans le dos, et se retrouver pris au piège du siège, et durant toute la pièce être taraudée par la question de savoir si l’on va arriver un jour à s’en extirper sans l’intervention moqueuse d’une tierce personne, ou sur les genoux. Mais là oublions toute tentative de croisement de jambes, de changement de position …

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Bref, nous décidons que nous nous en foutons, c’est sur la scène que notre attention se focalise, et quand le spectacle est bon, nous le savons, nous nous oublions.

(Re) Bref, le rideau se lève, la représentation débute. En quelques mots je vous raconte. Zweig et son épouse Lotte, ont fuit l’Autriche. En exil en Autriche, elle malade, lui dépressif, vont se donner la mort. Voilà. Ce n’est évidement pas gai. Cela peut être poignant.

Mais là je ne sais pas. Je ne suis pas critique de théâtre, mais je ne sais pas. J’ai ressenti comme un malaise, mais pas en raison de l’histoire, non, je dirais en raison de la mise en scène ou peut-être même le casting. Bon, d’accord, les acteurs enchaînaient deux représentations à une heure d’intervalle. Cela me semble difficile, voire inhumain, mais bon, c’est un choix, financier, faut assumer. Alors peut-être est-ce moi qui ne suis pas la bonne cliente, peut-être est-ce moi qui ne suis pas dotée de la sensibilité suffisante, peut-être, ou peut-être pas. J’oscillais entre agacement et compréhension intellectuelle, jamais n’ai basculée dans l’émotion. Pourtant elle n’était pas loin, mais ne m’a jamais rattrapée.

Sur le papier la distribution était alléchante : Patrick Timsitt, qui prend le risque de sortir de son répertoire comique, de s’essayer au dramatique, face à une Elsa Zimberstein, la superbe, l’écorchée vive. Cela ne pouvait être qu’intéressant. Certes physiquement Timsitt est loin de zweig, mais bon, admettons, la question est d’incarner un personnage. Il ne m’a pas semblé qu’il y soit parvenu. Zweig, bouffé par ses démons et ses fantômes, cet écrivain conscient de son génie, a décidé, planifié dans les moindres détails sa mort, et d’y entraîner sa si fragile si dépendante jeune femme. Il est donc question de génocide, de suicide et de meurtre programmés. Oui, meurtre, et sacrifice d’une femme perdue prise au piège qui n’a pas su comment faire autrement que d’accompagner celui qui a toujours tout pensé prévu à sa place.

Voilà. Mais, Timsitt semble désincarné, fatigué, pas à sa place, pas une once de génie, encore moins de monstre, face à une Zimberstein hystérique, extrêmement douloureuse, se mettant en danger … et finalement agaçante.

Je ne suis pas critique de théâtre, l’ai-je déjà dit ? Je ne vous déconseille pas ce spectacle. Ce n’est pas mauvais. Et puis peut-être que ce fut simplement une mauvaise pioche, une soirée sans, peut-être aurez-vous plus de chance, des acteurs plus en osmose, entre eux et leurs personnages. Le texte est très beau, plein d’humanité. Et puis le théâtre c’est magique. Dommage que parfois les colombes qui s’envolent des chapeaux soient fatiguées …

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Je ne suis pas Parisienne

J’étais à Paris. Suis revenue. C’était bien.

J’ai ramené des livres, des découvertes, des souvenirs, une désolation et une conclusion : je ne serais jamais Parisienne.

Bon d’accord, cela n’est pas une grosse déception, cela n’a jamais fait partie de mes objectifs, de mes perspectives, de mes possibles, mais c’est un peu comme une porte qui se ferme : quand c’est sur nos doigts, ça fait mal !

Il est des villes, Barcelone New-York, où au bout de quelques jours, quelques heures,  vous adoptent, tout comme nous les adoptons, sont des évidences, où l’on peut prendre racine, dont on part en un arrachement douloureux.

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Mais Paris … Paris est belle, Paris est magique, mais Paris est fatigante, pesante, fatigante. Un exemple :  pour la parcourir, la traverser, il nous faut prendre le métro. C’est le plus simple et le moins onéreux, le plus raisonnable. Je vous épargnerai le refrain sur la saleté, je vous l’ai déjà écrit, et puis suis sympa. Non, mais soyons clairs, si l’on prend le métro c’est pour s’épargner de la fatigue et ses jambes , alors pourquoi se retrouve-t-on à  parcourir des kilomètres de couloirs, dans le froid et pour seul paysage du carrelage blanc.?  Non mais c’est quoi cette connerie arnaque ? Et puis, hors de question d’hésiter, de ralentir le pas ; nan, faut AVANCER, VITE, au rythme parisien, vite, vite, et sans sourire, vite, vite, ne regarde pas ton plan, pas le temps, bouge de là !

Car le Parisien est toujours pressé. Y compris le dimanche. Il ne sort pas de la rame de métro, il la fuit. Et le Parisien vous bouscule, à grands coups de sac de hanche d’épaule, dans le plus grand silence. mais jamais ne s’en excuse. Et moi, moi, ben ça me rend folle m’hystérise  me transforme en vieille râleuse, passant du rire que j’ai facile  au grognement le plus féroce. Un coup, une bousculade, et voilà que je lance « et surtout ne t’excuse pas ! « . Avec des variantes plus ou moins fleuries. Sans résultat aucun. Oui, je sais, j’avais perdue ma légendaire tolérance,  mais reconnaissez, c’est insupportable tout de même !

Alors, « ON » a jugé plus sage d’épargner mes coronaires, fuir une réaction putative qui ne soit pas celle espérée, et de marcher, ça calme fait du bien. Alors nous avons parcourues les rues parisiennes mésestimant les distances, le nez en l’air éblouis par tant de beauté, de magnificence,  presse le pas, fait attendre nos amis, avec le sourire, car rien n’était grave, nous étions en vacances …

Paname, j’arrive !!!!

Voilà, il me faut vous dire que je pars, je m’en vais, suis partie pour quatre petits jours, quatre jours minuscules à Paname. Cette idée de petit week-end amoureux, a surgit, comme une évidence, à l’annonce de l’expo Hopper. Un rêve individuel, un rêve commun, celui de découvrir Hopper, enfin en vrai, en grand, en multiple, Hopper que nous ne connaissons qu’en livre, Hopper aux rendez-vous ratés à de trop nombreuses reprises.

Et puis retrouver des amis entre deux galeries, une soirée théâtre, et puis du shopping, aller chez Uniqlo et Banana Republic, parce que hein, la vie est trop courte pour que l’on soit raisonnable …

Et puis découvrir des petits restos, et acheter des tickets de métros et une boîte de pansements pour ampoules, car j’aime marcher dans vos rues, bien que la météo que vous me promettez est pire que celle que je quitte, ce qui n’est pas peu dire …

Etrange tout de même de se dire que cette ville synonyme de métro/boulot/dodo/galère de certains, puisse être pour d’autres, nous les provinciaux promesse de plaisirs. Parce que nous ne traversons pas la France à grande vitesse pour nous reposer, nous venons nous en mettre plein le cœur et les mirettes, et prendre risque de nous vider le porte-feuille. Car Paris est une vraie poule de luxe, une tentatrice, aux tarifs excessifs.

Mais bon, je pars, j’arrive avec une ferme détermination, celle de faire le plein de bonheur  !