Et laisser son amour-propre souillé en carafe sur la chaussée

Une femme est tombée. Sa cheville a vrillé, pour ne point la briser elle s’est laissée aller, s’est abandonnée au sol, s’est laissée choir sur le trottoir. Elle avait mal, c’était visible, son visage grimaçait. Elle s’est assise, dans l’attente l’espoir de retrouver ses esprits et le contrôle de son corps.

Elle tremblait de douleur, et du choc aussi. Elle a regardait autour d’elle. Des gens dans l’attente de leur bus, qui sous le sien ont détourné leurs regard. Un homme marchait dans sa direction, une main allait se tendre, l’aider à se relever. « Ce sont des choses qui arrivent » dit-il. Il a passé son chemin. « Oui, et c’est à moi que cela arrive » lui ai-je répondu, car cette femme c’était moi, c’était moi blessée, moi qui me suis mise à quatre pattes, ignorant si je parviendrai à me redresser, moi qui suis allée dans la pharmacie la plus proche, luttant contre l’évanouissement, acheter de quoi me soigner, le strapping ça me connait.

Une femme est tombée puis s’est relevée sous des regards indifférents, vides, déshumanisés. Ce qu’elle y a vu lui a fait peur. Une femme est tombée, cette femme c’était moi, moi qui me suis relevée soignée, moi qui me répare préfère la colère à la peur, j’hurle j’hurle GENS, JE VOUS CONCHIE ! Oui, suis vulgaire, mais croyez moi, ça fait du bien !!!!

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Je n’ai pas eue ma part de galette

Ma vie est banale, il me faut le reconnaître. Ma vie est banale avec ses hauts et ses bas, ses pulsations irrégulières. Nul autre que moi, je l’ai appris ne peut me l’embellir, me la rendre meilleure. C’est en moi de m’en persuader jusqu’au fin fond de mes cellules, que je n’en ai qu’une, qu’elle peut vous sembler banale, mais qu’elle m’est unique, chère et précieuse.

Alors lorsque arrivé le 15 janvier, plus d’une semaine après l’épiphanie, je réalise ne pas avoir mangé de galette, et que si je tarde elle risque de m’échapper, vous imaginez l’angoisse qui menace.

Le problème est que chez moi, à Marseille, la tradition veux que l’on vous serve une délicieuse brioche à la fleur d’oranger aux fruits confits, en guise de gourmandise des rois.

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Ben moi, j’aime pas le gâteau des rois, trop sucré, trop lourd ; non, moi je veux du beurre, du gras, de la frangipane, je veux ma part de galette.

Alors suis allée me l’acheter. Petite, mais bonne, parce que je me fous de la quantité, je veux le meilleur, parce que je le vaux bien ;  puis je vais me la manger en quatre repas, seule, et je serais la reine et le roi. Na !

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La tête dans la culture

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Ça y est, nous y sommes, elle a débuté en musique, en une immense clameur, brillant de mille feux, et parfois d’artifices, elle a débuté notre année de la culture.

Rassurée que les Marseillais aient massivement répondu à l’appel, que la fête se soit passée dans un esprit convivial et bon enfant, heureuse que le respect ait été de mise, et que pour une fois personne n’ait eu à faire retentir les kalachnikov pour faire la une des éditions nationale.

Une soirée d’ouverture à courir d’un lieu à un autre, d’un groupe à un autre, à sauter les poussettes, éviter les pressions de la foule, se montrer rusé, faire jouer sa connaissance du centre ville, et fuir, loin, enfin à quelques stations de métro, au Silo.

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Et là, prolonger la soirée, se laisser porter par les notes aériennes, envelopper par la grâce et l’élégance du jazz, la suavité des voix des chanteuses, puis repartir, à pied, pour goûter à l’inespérée douceur de la nuit.

Donc, vous comprendrez qu’aujourd’hui, entre nuit musicale, et visite du MUCEM, j’ai quelque peu la tête dans la culture …

Solitude nocturne

Ce soir je vous écris. Je suis seule. Seule avec mon chat, et ce soir j’aime ça être seule dans mon appartement vide.

Je me mets à la fenêtre. Les passants exsangues après une journée entre boulot et soldes ont déserté ma rue. A travers des vitres je devine des voisins qui regardent la télé, vaquent à des occupations anodines. Ainsi va la vie, des vies sans grande importance, des vies qui nous sont chères, parce que ce sont les nôtres.

Demain la ville va s’enflammer, Marseille va faire la fête folle et effervescente. Marseille retient son souffle, Marseille est prête.

Ce soir je vous écris, et maintenant c’est la nuit. Je suis seule, je suis heureuse. J’attends

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En travaux !

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Ma ville, ma Marseille, se fait une beauté, et n’en a pas terminé avec ses chaussées défoncées, ses tracto-pelles garés en double file, ses gilets jaunes devenus uniformes urbains. Marseille râle, les marseillais pestent, veulent revoir leur port, marcher le long de la mer, retrouver leur liberté de circuler. Et voilà, c’est fait et tous s’extasient.

Marseille rit, les marseillais se gaussent des fatals retards méridionaux, des étrangers du nord qui ont découvert que dans le sud l’été il fait chaud, et que oups ils ont oublié la clim, et que l’ouverture ne se fera qu’à l’automne, des grands couillons grands messieurs à qui nul n’a fait de cadeau, certains attendant assurément qu’ils quémandent l’aide et l’expertise des locaux, ou pire le vautrage … Qui ne peut avoir lieu, car nul ne laissera Marseille, sa ville s’humilier, tous sont prêts à reprendre le flambeau, et relever le défi.
Marseille, ma ville, exsangue, pauvre, aux impôts croissants, à l’équilibre instable, mais Marseille prête pour la fête de la culture et de la rue, se donner et nous donne rendez-vous dès demain, dès le 12 janvier !

Ce que j’aime dans la fête, c’est avant

J’aime la fête, y assister, y participer, la faire, mais plus encore ce que j’aime ce sont les préparatifs, les préliminaires, la mise en place du décor, la montée du plaisir.

Ce soir je me suis promenée dans Marseille qui s’habille de paillettes et de couleurs par ci par là, de manière qui me semble aléatoire selon un plan bien défini.

Des grues laborieuses, des techniciens qui s’affairent, des bâches qui se déploient, des promesses de féérie. Tous semblent dans les temps, tous semblent empressés, pressés d’en terminer, au milieu d’une foule indifférente, affairée à ses achats.

Etrange spectacle, drôle de ballet en deux dimensions, deux mondes qui se s’ignorent et ne se croisent, sans se voir sans se heurter.

Suis-je la seule à les voir, suis-je le médium de ces deux sphères parallèles, à en goûter leur énergie.

Je leur ai fixé rendez-vous, à demain, à la même heure, à quelques heures de la levée du rideau.

J’attends, je prends mon temps, je suis prête, j’attends samedi avec délectation.

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Changement de point de vue

Je rentrais ce soir les bras chargés de mes encombrants achats de juré craché, enfin je vais essayer alors j’ai rien dit, mon premier et dernier jour de soldes. Je rentrais donc du boulot, après une journée sans répit et bien fatigante, où la pause repas c’était transformée en douce folie acheteuse, et que je redescendais sur ça

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Ça, demeurera une énigme pour les non Marseillaises. Ça c’est la façade du Palais de la Bourse, actuelle Chambre du Commerce et de l’Industrie, habillée d’un immense trompe-l’œil, écho de la grande artère qu’il reproduit en perpendiculaire. L’effet est surprenant, sidérant. Vous n’avez pas compris, c’est bien dommage. Pour être plus claire, ou de le tenter, lorsque vous arrivez de la rue Saint Ferréol, St Fé pour les initiés, vous pensez venir du Vieux Port … Vous devinez maintenant l’étrangeté ?

Bref, les bras ont failli m’en tomber, ce qui avouez eu été dommage, vu les petits trésors qu’ils recélaient. Et de me souvenir que dans la vie y a pas que les fringues, que tout cela n’est que futilité, que le plaisir ne passe pas qu’au travers de la peau, mais peut jaillir d’un simple regard

Oh mon Dieu, faut se rendre à l’évidence, le Père Noël est mort

En passant

Éloignez les enfants, et les personnes sensibles, mais il semblerait bien qu’après avoir pris tant de risques inutiles, sans doute pour dissimuler une tendance dépressive, entrepris une carrière de monte-en-l’air pour le moins suicidaire, le Père Noël ait disparu.

Sans doute que comme moi vous n’avez pu que le constater, que cette année, à quelques jours de Noël nulle trace du Père Noël dans nos rues. Aucune pathétique silhouette suspendue aux balcons, faisant mentir l’adage « Noël au balcon … ». Aucun bonhomme débonnaire alpagant nos bambins sur le trottoir, pour une photo, échanger quelques mots, s’enquérir de leur sagesse durant cette année écoulée, de leurs souhaits en matière de cadeaux, recueillir leurs sourires, provoquant quelques fois leurs cris de terreur.

Je suis consciente de l’ingratitude de ce métier, de sa précarité dans des conditions indignes. Sous notre hémisphère, il lui faut affronter le plus grand des frimas, passer par des cheminées, affronter les flammes, remplir des chaussures pas toujours propres. Aucun inspecteur du travail ne pourrait tolérer une telle situation.

Et puis avec la crise qui met à mal son petit commerce toutes et ces rumeurs de fin du monde qui lui laisse envisager l’inutilité de son labeur, n’ont pu que lui donner un coup au moral. On a beau être le Père Noël, on n’en est pas moins homme, et de la vieille école, consulter un psychologue a dû lui sembler dégradant.

Alors moi, je vous le dis, c’est une évidence, le Père Noël est mort, ou a pris sa retraite. A moins qu’il n’ait fui Marseille.

Alors si vous autres, autres que Marseillaises, le croisez dans votre ville, glissez lui à l’oreille qu’il n’oublie pas mon petit soulier …

Mon calendrier de l'aven #1

Ma Canebière

En passant

Et puis ma Canebière, l’inqualifiable, avenue boulevard, mademoiselle, madame, nul ne sait, Ma Canebière, qu’as-tu fait de tes enfants ?

Ma Canebière, ma traîtresse, je te vois, je t’observe, te surveille dissimulée derrière mes lunettes, ignorant les harangues des hommes en perdition avinée. Mes pas dessinent une étrange chorégraphie entre éclats de crachat et serpents d’urine, perdue dans une foule de parallèles qui se croisent se percutent, ne se rencontrent jamais.

Ma Canebière, ma Goulue dépravée, livrée abandonnée méprisée des bien-pensants, des frileux nantis ancrés dans leurs beaux quartiers et leurs certitudes, toi dont au quotidien j’arpente le plat fallacieux, qu’as-tu fait de tes enfants ?

Ma Canebière, ma bourgeoise déclassée, lieu de rencontres en pointillés que tu transformes en interrogations, tes corniches menaçantes, tes opérations inesthétiques de ravalement de colmatage, tes fissures, et ton ciel cru qui se mire dans le miroir de tes margelles assassines. Qu’as-tu fait de tes enfants ?

Ma Canebière, ma mère dénaturée, qu’as-tu fait de tes enfants ? Ouvre tes oreilles, entend ces violences ordinaires des hommes à l’encontre de leurs femmes, des femmes à l’encontre de leurs enfants. Ouvre les yeux, regarde de tes bébés étonnement sages mollement suspendus à un mamelon cuivré. Voit tes bataillons de moineaux vomis de tes adjacentes s’éparpiller se perdre se regrouper et quémander sans conviction, une pièce, s’il nous plaît, parce qu’il le faut bien, parce que c’est leur destin, parce qu’ils étouffent sous ta crasse indifférence.

Ma Canebière, ma quotidienne ma régulière, je t’insulte te sermonne te descends, tente essaie de t’aimer malgré tout malgré toi me jeter dans tes bras me noyer dans ton cœur, me guérir de la nausée parmi les flots de rires et l’innocence de tes enfants, enfants d’ici d’ailleurs, tous Marseillais, tous tes enfants.

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Est-ce bien raisonnable ?

Oui, est-ce bien raisonnable de vous faire découvrir un lieu public que je voudrais me garder secret, est-ce bien raisonnable d’attirer des convoitises pour ce petit resto encore confidentiel ?

Alors, disons, que me bonté me perdra, que lorsque l’on aime il faut le dire, et que ce lieu magique il me faut vous en parler.

Cela se passe en haut tout en haut de la Canebière, là où rien ne se passe, là où personne ne vient par hasard, là où le Kebab se dispute avec le falafel, là où manger sain est une véritable gajure. C’est là que la chaîne GREEN BEAR a eu l’idée saugrenue d’implanter son nouveau restaurant marseillais. Pour mon plus grand bonheur, et celui de mes copines. Car soyons honnêtes, la clientèle se trouve être exclusivement féminine. Rappelez-vous ma théorie : les endroits sympas, ceux dans lesquels on mange bien, vous les repérez de l’extérieur, ils sont remplis de nanas.

La nourriture est simple, équilibrée et gouteuse, bio et bonne ce qui n’est pas toujours vrai, et parfaite pour un appétit féminin. C’est sans trop de honte que l’on succombe à un dessert (la tatin est divine). Les tarifs étudiés pour être raisonnables, en gros ce qui tombe plutôt bien, un ticket resto.

Et puis, il y a le lieu. La première pièce, celle qui ouvre sur l’extérieur, offre un rocking chair, que je me promets d’essayer un jour de vacance à l’heure du thé. Et puis et surtout, au fond, se trouve la salle à manger, loin du bruit et du tumulte de la Canebière. Un lieu où l’on oublie le temps qui passe, un lieu propice aux confidences entre stucs et parquet, un lieu où l’on rêve d’allumer la cheminée.

Alors, moi, je le sais c’est ici que je plante ma tente méridienne, c’est ici que vous pourrez me croiser, vous les Marseillaises. Alors, si le cœur vous en dit, on se file un rencard, je vous file l’adresse …

GREEN BEAR COFFEE – 123 La Canebière MARSEILLE (1er)