De la fille qui décidément n’aimait pas les dimanches soir

Peu importent l’humeur, la couleur, le poids de mon week-end, dimanche 18h, plus tôt parfois même l’hiver une chape de béton s’abat sur mes épaules : putain demain faut y aller !

Y aller recommencer une semaine à attendre le week-end, à se traîner en comptant les jours qui nous séparent des prochaines vacances, croiser nos congénères qui tiennent les mêmes comptes, les mêmes discours, portent la même charge, le même air affligé.

Comme chaque dimanche je m’y attends, je m’y prépare, me promets de gagner la bataille, je mets le blues dans le lecteur de C.D. Je me fais couler un petit café. Le chat à l’agachon, prêt à squatter mes genoux. Je suis prête, je suis d’attaque

quand

au loin

j’entends la voix de ma mère T’as révisés tes leçons t’as préparé ta trousse faut se coucher tôt demain y a école …

Moi je vous le dis, il est des phrases banales et anodines qui ont nourries tant de foyers, grisées tant de soirées, et nous hantent toute la vie

Alors je m’allonge sur le divan, entre en thérapie comme d’autres entrent en religion ; Docteur Lindt, s’il vous plaît, faites la taire

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De la fille qui avait décidé de voir la vie en rose

Et qui avait monté le chauffage, et le volume de la musique. Qui s’en était allée se promener loin de la foule affairée, agglutinée devant les vitrines à la recherche de la bonne affaire, de la solde irrésistible.

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De la fille en quête de son sourire, qui déjà pointait aux coins de ses lèvres et marchait au hasard, arque-boutée contre le violant mistral. Puis elle décida de le laisser prendre le contrôle de sa promenade, se jouer de ses rafales, de se laisser mener là où il en avait décidé, ne pas entrer dans une inutile lutte.

c4531282689d11e29a6422000a9e06c4_6De la fille dont le bout du nez chatouillait et se levait à la recherche d’un autre point de vue, au risque de se transformer en girouette, en fétu de paille.

d9849b44679e11e2b95b22000a1fab39_6De la fille qui commençait à trouver que cela avait assez duré, qu’elle en avait gagné le droit, et pas perdu le nord (facile : là où le mistral prend sa source), avait poussé une porte, s’était assise à l’abri, au chaud derrière une vitre. Elle a  offert son visage à un rayon de soleil, s’est ri des passants marchant en équerre, commandée une gaufre, et d’un regard qui frise soudoyé le serveur, pour un petit rab de chocolat. Ben quoi, c’est pas pêché, c’est thérapeutique !

Flip flop spleen chocolat

Et voilà, ça recommence ! Non, mais jamais je ne vais grandir, devenir sage, me départir de mon spleen du dimanche, cesser de me pourrir mes dimanches à l’idée de la semaine  et ses galères putatives qui s’annoncent ?

Pourtant croyez m’en, faute de guérir, je me soigne, suis passée maître en soins palliatifs. Des soins capillaires, des masques de beauté (j’ai bien dit DES), tous ces machins futiles et essentiels qui nécessitent du temps, la vacuité cérébrale, et ne peuvent nuire au moral. Et puis une petite retouche pilaire et un ripolinage phanère, ce que les habiles dont je ne fais pas partie appellent une pose de vernis, pour pouvoir me présenter, frigorifiée, la goutte au nez, mais sous mon meilleur profil dès demain au boulot.

Mais voilà il est cinq heures la nuit tombe. Et c’est l’heure anglaise, l’heure du thé, celle où les bébés pleurent, les oiseaux tourbillonnent, les chats deviennent fous, et que je tombe sur ça

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une tablette de chocolat new-yorkaise, au nom plein d’humour et d’inspiration, qui m’a été offerte par une amie qui m’est chère.

Oui, mais, elle est trop belle cette plaquette, ce packaging est une véritable œuvre d’art, et numérotée qui plus est. Et me voilà replongée dans un dilemme, hésitant entre l’envie de conserver cette beauté trônant aux côtés de ma théière en fonte japonaise, et le réconfort d’un carré de chocolat.

Le téléphone sonne, c’est l’heure des confidences, des bilans de la semaine écoulée, des souvenirs lointains des projets à court et moyen terme, des rires, des exclamations, des étonnements partagés, en buvant notre thé à quelques kilomètres de distance. Je ris, m’exclame tu vois je te l’avais dit, m’étonne non c’est pas vrai. On raccroche, le sourire aux lèvres.

Je lève les yeux, il est là face à moi, a écouté notre conversation, n’en a pas perdue une miette. Il me nargue, me provoque, alors

Croquera craquera pas ?…