Trou de mémoire

Et je m’en suis allée à la rencontre de ma ville, nez au vent, mains dans les poches. J’ai découvert des lieux connus sous des angles inconnus et un trou dans la profondeur de l’une de mes poches.
Je l’ai titillé d’un doigt discret, il m’a agacé comme une carie dans une molaire. Je l’ai exploré d’un index inquisiteur, agrandi effiloché jusqu’à ce qu’il me devienne familier.

Alors je me suis souvenue avoir oublié, rappelé que quelque chose m’avait échappé. Mais quoi ? Ou qui ?

Trou noir. Mémoire abyssinale, méandres insondables, labyrinthes vertigineux.

J’ai mis un mouchoir dans ma poche, un linceul sur le souvenir absent, j’ai levé les yeux au ciel. Il peu bien attendre.

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De la métaphysique du poisson rouge

Il est des jours où l’on aimerait se glisser dans les écailles d’un poisson rouge, des jours où l’on aimerait souffrir des affres des questionnements métaphysiques d’un poisson rouge.

Servir de muse, en trois lettres, pour le cruciverbiste pantouflard.

Que son pain de ce jour tombe du ciel comme par miracle.

Tourner en rond sans croiser de fâcheux, faire l’œil rond sans devoir s’en expliquer.

Etre déménagé avec égards, pour ne plus nager en eaux troubles, réintégrer ses pénates aux vitres immaculées, sous le regard énamouré du surveillant de baignade.

Dormir, sans s’inquiéter de ne pas pouvoir fermer l’œil, et sur le ventre sans crainte pour ses lolos, s’éveiller entre deux eaux, guilleret, frétillant de la queue, en plein forme.

Il est des jours, des jours comme aujourd’hui, un jour sans envie, un jour où, vous peut-être, moi sûrement aimerais pouvoir me laisser porter et buller en paix

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Une lumière dans ma nuit, et dans celle de l’amoureux

Suis noctambule, insomniaque de la première heure, et de la deuxième voire de la troisième aussi. Mes nuits sont courtes et riches, d’enseignement, de découvertes et d’écriture aussi. Mes nuits je les partage, enfin certaines avec l’amoureux qui est un être normal lui, un qui s’endort à l’heure des brave, heureux propriétaire en devenir.

C’est l’homme que j’ai choisi, qui s’est imposé à moi sans me laisser le temps de lui poser la question fatale, « au fait t’es du soir ou du matin toi ? ». Non, parce que l’on ne songe jamais suffisamment à ce genre de détail qui peut au final pourrir une vie. Enfin la sienne évidemment.

Il endure en silence, sans presque jamais râler ma créativité à retardement, les cliquetis de mes doigts, mes levées de corps intempestives, mon hyperactivité nocturne. Parfois il s’éveille, demande l’heure, s’inquiète de ne pas avoir entendu le réveil, je le rassure, lui conseille le d’endormissement, mens légèrement dur l’horaire.

Pourtant sachez que je me suis essayé aux somnifères, ai fait des réactions paradoxales, me suis transformée en spiderwoman chevauchant des éléphants roses ; j’ai testé l’auto-hypnose/persuasion/l’évaluation du cheptel ovin ; j’ai égrainé les chapelets/secondes/minutes/heures. J’ai tout essayé, croyez-moi, toute, y ai mis toute ma bonne volonté et ma mauvaise foi, mais Morphée insensible à mon charme, ne se décidé à me visiter qu’à la dernière extrémité.

Alors oui, on jour j’ai osé vanter la beauté de mes nuits, passant sous silence ma rageuse jalousie pour ceux qui dès prononcée la dernière sillage du rituel bonne nuit sombrent dans un sommeil de plomb que rien ne viendra perturber, rien, sauf moi peut-être, moi décidément il me faut le reconnaître pas toujours facile à vivre finalement.

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Instant volé

Il prenait l’air l’air de rien à la fenêtre. Il cherchait la fraîcheur, une brise, un courant d’air. Nous nous apprêtions à partir, à sortir, je me faisais attendre. J’ai appris à me faire attendre, prends du plaisir à me faire désirer.

Je me suis emparée de mon appareil, il a cru au signal de départ, s’est décollé du châssis, a amorcé un pas de la fenêtre. J’ai crié non, intimé l’ordre « retournes y ». Oublies moi oublie ma présence, regardes ailleurs, dehors plus loin, laisses permets que j’immortalise cet instant où je sais m’être effacée de ta mémoire.

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Alors j’ai lu « La page blanche » de Boulet et Pénélope Bagieu

Je confirme, je n’ai aucune culture en 9ème art. Je le regrette, très sincèrement, et parfois me munis de mon courage et m’en vais affronter le territoire de mon obscurantisme, les rayonnages de bandes dessinées.

Et puis j’ai un plan B, mon préféré vous le comprendrez, celui des copines qui font circuler leurs découvertes, qui vous confient leurs trésors, en vous disant « tiens, lis ça, et tu me diras ce que tu en penses ».

Cette semaine l’une d’entre elles m’a prêté « la page blanche » de Boulet et Pénélope Bagieu, Pénélope Bagieu que j’avais connue dans un autre registre, plus léger, plus pintade, néanmoins pas désagréable (on ne peut pas toujours nier son plaisir). Et là, j’ai adoré …

La difficulté va donc être de vous convaincre de le lire, car c’est le meilleur conseil que je puisse vous donner, vous en parler sans trop en dire ni la trahir. Je me lance, j’essaie

Donc c’est l’histoire d’une jeune femme qui s’est oubliée sur un banc, une jeune femme en pleurs qui ne sait plus qui elle est. Un sac a ses côtés, une carte d’identité, une photo un nom une adresse, indubitablement siens, dans lesquels elle ne se reconnait pas. Et débute son enquête, sa quête d’identité, et la personne qu’elle découvre, se révèle lui être de plus en plus inconnue. Et se dessine le portrait d’une jeune femme ordinaire qui s’est perdue, une histoire toute simple dans laquelle nombreuses, nombreux sont ceux qui ne pourront que se reconnaître.

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Instantané nocturne

Il lit. Au lit. Moi aussi. Ça m’agace, je l’ennuie, lui chatouille le mollet, fais des nœuds dans ses poils du bout de l’orteil. Il m’ignorer, tourne la page. J’abandonne l’exploration de ses jambes, titille son torse. Rien. Je sursaute, virevolte, le bouscule. Le livre s’échappe de ses mains, il le rattrape, se rajuste, râle « m’enfin, t’as pas bientôt fini ». Suis outrée, lui intime l’ordre de se taire. Parce que je lis moi, un truc essentiel qui va à jamais changer ma vision des hommes et de l’univers. Mais bon, pour se faire pardonner, qu’il passe donc son bras le long de l’oreiller, qu’il y creuse un nid pour que je puisse m’y lover, et puis l’autre autour de mon corps que je puisse m’endormir.

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J’ai une amie

Moi j’ai une amie. Moi j’ai une amie comme on en a peu, d’ailleurs j’en ai peu. Moi j’ai une amie dont aujourd’hui je me dois de vous parler, je ne sais pas pourquoi, mais il le faut.

Moi j’ai une amie, un trésor, un cadeau de la vie, qui s’est présenté à moi à deux reprises, que je ne laisserai plus échapper.

Moi j’ai une amie, une sage aussi folle que moi, ou peut-être pire, ce qui n’est pas peu dire, allez donc savoir.

Moi j’ai une amie, une sœur, aînée, née neuf mois plus tôt que moi, qui m’ouvre le chemin et me montre la voie, qui fait toujours tout comme moi, à moins que ce ne soit moi qui fasse tout comme elle, allez donc savoir.

Moi j’ai une amie, avec laquelle, parfois, je ne suis pas d’accord, à moins que ce soit elle, allez savoir, avec laquelle ce n’est jamais grave, et qu’avec moi il en va de même.

Moi j’ai une amie, mon porte-bonheur, dont je suis le grigri, le rose oui, celle grâce à laquelle la vie me semble plus belle, grâce à laquelle, je me sens importante, puisque je me sais l’être pour elle, parce qu’elle l’est pour moi.

Moi j’ai une amie, qui quelques fois me créé des inquiétudes, s’amuse à me faire peur, oublie d’être drôle, que je suis là pour parer toute éventualité, parer les tonnerres, lui prescrivant les coups de foudre.

Moi j’ai une amie, une sœur, le témoin de mon enfance, à moins que je ne sois celui de la sienne, la détentrice de mes secrets honteux et anodins d’adolescente, à moins que … vous connaissez la suite.

Moi j’ai une amie avec laquelle je m’en vais sous peu fêter le quarantième anniversaire, noces d’émeraude que nous ne fêterons avec aucun amoureux (le temps passe, les statistiques sont cruelles), le quarantième anniversaire de notre amitié.

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Candidature spontanée

Il est des personnes dont le talent flirte avec le génie, des personnes qui vous entraînent dans leur univers, et vous font oublier toute notion d’espace et de temps. Parfois même, reconnaissons que c’est injuste, leur beauté, leur sensualité, leur charme transpirent par tous leurs pores, et produisent le même effet au niveau des vôtres.

J’en ai rencontré une il y a peu, enfin je l’ai rencontré lui, le proche de l’idée que l’on se fait de l’idéal, mais lui ne m’a ni vue ni remarquée, ce qui est somme toute normal, puisque c’était moi qui était là (et avait payé) pour le voir et surtout l’écouter, et non le contraire.

(Là permettez une petite digression, que vous pouvez squeezer, mais bon, bref, il est des personnes qui nous font nous déplacer, parfois à prix d’or et de sacrifices, nous taire et dont nous buvons les paroles, alors qu’au quotidien, nous hystérisons pour que l’on nous accorde un peu d’attention, que l’on nous permette de terminer nos phrases. Et maintenant je me demande si vous aurez la patience de me lire jusqu’à la dernière ligne !…)

Donc, l’idéal était presque parfait, sauf à y regarder de près l’improbable costume de concert à carreaux, et une coupe de cheveux véritable chef-d’œuvre brejnévien (ceci est un oxymore).

Toute mon énergie a dû être mobilisée pour ne pas bondir alors que nous partions, et le croisions distribuant des autographes, arborant un sourire chaleureux et carnassier, un bermuda marron une chemisette de bucheron, et des socquettes en point de suspension. Ma bonté a failli me trahir, car non, vraiment non, c’en était trop, la situation était grave, et l’est assurément encore, mais non désespérée.

Ben oui quoi, la base est bonne, l’ossature solide, la pommette slave, la les lèvres sensuelles, des mains de pianiste (et pour cause), enfin vous voyez un physique dont je ne trouve rien à redire (ou trop, ce qui pourrait me causer des problèmes à casa sua casa), mais la fringue et la coiffure NNNNOOOOOOOOOONNNNNNNNNNNN !!!!!!!!!!!!! Stop au massacre, non mon chéri ce n’est pas possible !…

Vous comprenez donc qu’il faut que quelqu’un se dévoue et fasse quelque chose, apprenne à cet être démuni de tous les codes de l’élégance la plus élémentaire. Alors mue par mon sens de l’esthétique et de l’abnégation permettez, cher Boris, que je vous prenne en main pose ma candidature spontanée.

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J’ai craqué mon slip (de bain)

Suis méditerranéenne suis marseillaise, c’est une hérésie, j’aime pas aller à la plage. Je n’aime pas devoir me faufiler entre serviettes et rabanes, à grand coup de pardon excusez moi, m’installer à mon tour entre glacières et radios hurlantes, m’allonger et recevoir sur mon corps et mon visage enduits de crème le sable projeté par des hordes sauvages bien moins polies.

Et puis arrive le moment où la cuisson se faisant cuisante, il devient vital de s’en aller refroidir dans l’eau, l’un après l’autre, l’un allant se baigner, l’autre gardant les sacs et les serviettes. Après être arrivé à se frayer un passage entre les châteaux de sable et les baleines échouées, vient l’épreuve de l’entrée dans l’eau. Moi j’aime prendre mon temps, y trouve du plaisir, mouiller mon corps progressivement, sauter les vagues, les laisser me surprendre, jouer avec le ressac, caresser l’écume. Oui mais tous n’ont pas le même rythme, nombreux sont les véloces hurlants et éclaboussants, qui se collent à vous et à moi, et n’en doutons pas s’en viennent discrètement pisser à quelques centimètres de votre peau.

Tête baissée sur le sable bouillant et vos (mes) cuisses roses et celluliteuses, râlant en silence sur votre triste sort, vous allez prendre le relais de votre vigie écarlate.

Légèrement saoule, de fatigue et de chaleur, c’est le moment idéal pour piquer un bien mérité petit roupillon. Sauf que. Sauf le mioche qui ne supporte pas d’avoir du sable entre les doigts de pied ou dans sa couche culotte ; celui qui en a été délesté et s’en vient pisser sur votre natte ; le chien qui hurle à la mort, ayant perdu de vue son maître ; la mère qui hurle à l’ombre de son parasol, et tente ainsi d’attirer l’attention de sa progéniture occupée au loin à sauter dans les vagues ; et le vendeur de glace, et celui de chichis, et celui de boissons ; et les joueurs de volley et ceux de badminton.

Rajoutez à cela l’urticaire géant qui ne manquera pas d’orner mon décolleté, ma peau douloureuse et rougeoyante, devenant verte fluo sous la pression de mes doigts, et me rappelant que la nature est mal faite, que j’aurais dû être blonde.

Alors non, je n’aime pas la plage. Moi j’aime les étendues de sable désertes, j’aime la mer à perte de vue et d’horizon, j’aime être bercée par le roulis et le tangage, j’aime le goût du sel sur ma peau, j’aime le vent iodé qui s’engouffre sous la transparence de ma robe, j’aime dénouer mes cheveux ondulés et rêches battre mon visage. J’aime m’allonger là où viennent mourir les vagues, laisser s’écouler le sable entre mes doigts. J’aime immerger mon corps nu et le laisser couler, j’aime émerger et m’ébrouer. J’aime

J’aime, mais tout cela n’est que souvenir, j’aime, et dois me contenter de bains de minuit habillée, j’aime mais les occasions sont très trop rares, si rares, qu’aucun de mes maillots n’a survécu à cette attente, tous y ont sacrifié leus élastiques, tous m’ont abandonnée à l’orée de la plage …

Donc, j’aime la mer, mais pas la plage, donc je n’aime pas la plage, mais reconnaissez qu’elle me le rend bien …

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Mes juilletistes

Bon, voilà, c’est bon, ça suffit, stop !

Ben oui quoi c’est insupportable d’entendre des individus de notre quotidien dans nos couloirs (climatisés) râler parce que c’est insupportable, intenable cette chaleur, se plaindre de ne pas dormir, pas manger, se trainer, être fatigués … Notez que ce sont les mêmes qui chaque matin cet hiver vous prennent en otage pour vous narrer leurs gelures gerçures rhumes, et les notes d’électricité à venir, et leur hâte de voir les beaux jours …

Et puis rajoutent qu’il va leur falloir attendre quelques jours, une grosse semaine pour s’en aller grossir les rangs d’oignons qui se font dorer sur les plages voisines ou plus lointaines, mais que bon, ce n’est plus pareil, les gens (entendez les autres) ne respectent rien ni personne, arrivent tous à la même heure (la leur), encombrer leurs routes ou leurs bus.

Enfin ils vous demandent « et toi, tu pars quand toi ? », que vous annoncez la date, invariablement celle de leur reprise, ils s’excusent, gênés, et s’éclipsent, vous jettent un regard circonspect en coin. Ils s’en doutaient et maintenant ont la preuve que vous êtes étrange, ne faites rien comme tout le monde …

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