Que du bonheur

Parfois je me demande si le bonheur n’est pas une denrée rare, tellement rare qu’il n’y en a pas pour tout le monde, que certains en seraient dotés dès la naissance posé là, sur une cuillère en argent, alors que d’autres se lèvent tôt le matin, assez tôt pour décrocher la lune, sait-on jamais si le bonheur s’y trouvait, à moins qu’ils ne se prennent la file comme tout le bas monde munis de leur ticket de rationnement.

Parfois je m’interroge, en vain je suis résistante aux interrogatoires, si le bonheur ne serait pas étalonné, compté par des comptables avaricieux, que nous ne serions pas nantis d’un capital bonheur, quand y en a plus, y en pas encore, fallait épargner, y penser avant.

Parfois je me dis mais tu vas donc te taire, faute de grives cesses de bailler aux corneilles, rentres le ventre serres les fesses, fais toi belle, enfin, fais ce que tu peux, le soleil brille, ou le devrait, faute de lune décroches donc ton sac, vas vas le bonheur est peut-être au coin de ta rue, à la terrasse d’un café. Er n’oublies pas, n’oublies pas t’es rêves, et n’oublies pas toi aussi tu es une princesse. Si si.

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Ceci est un sac

Madame,

(Oui cette semaine je suis très lettre ouverte)

Permettez tout d’abord que je vous présente mes excuses pour mon outrecuidance, vous si occupée, moi si riche de temps, de temps à perdre, ce en quoi vous m’avez été fort utile. Reconnaissez que c’est avec beaucoup de douceur que je vous ai adressé mon bonjour, auquel vous avez répondu … par « 2 minutes », ferme et sans un regard. J’ai respecté, attendu, sans voix, agacée. Je tombais mal, le comprenais, la collection automne hiver encombrait votre boutique, vous aviez toutes ces références à entrer dans votre ordinateur, et une cliente putative, même pas une fidèle ni une habituée, simplement moi, qui débarque sans prévenir.

Donc j’ai patienté, je suis patiente, légèrement trahie par deux doigts tapotant sur le comptoir. Oui, je sais, c’est agaçant, mais je ne garde pas mon calme jusqu’au bout de mes doigts.

Votre « VOUI ? » m’a signale qu’enfin vous étiez dispo. Oui, mais pas pour moi. Pour une autre autre clientèle, tellement discrète, que je la pensais en visite.

J’ai attendu. Encore. Attendu votre prochain « VOUI ! ». Enfin il a franchi la barrière de vos lèvres, bien maigres et bien sèches, y a une justice divine parfois. Je vous ai parlé de l’objet de ma visite, demandé si, par hasard …

Vais voir, m’avez-vous dit, peut-être, attendez donc … 2 minutes. Ben voyons. Une autre urgence sur votre ordi, un autre truc qui ne pouvait attendre, parce que moi hein …

Et puis sans un mot vous avez disparu, réapparue, sans un mot, avez balancé un objet sur le comptoir. Je n’osais avancer, n’étais pas sûre d’être concernée, moins encore de vouloir l’être. De nouveau absorbée par votre labeur, vous m’avez lancé « alors vous avez trouvé votre bonheur ? ». Je vous ai répondu non, et suis partie, vous ai quitté sans un au revoir, qui n’aurait été qu’un vil mensonge.

Car c’est avec beaucoup de joie, madame que je vous annonce que nous n’aurons plus le plaisir de nous revoir, vous moi et la couleur de mon argent.

Et puis permettez, madame, que je vous apprenne que ceci, ce sac dont je suis dorénavant l’heureuse propriétaire, n’est nullement mon bonheur. Mon bonheur, madame, je me le fabrique, je le cherche, il me fuit, il me surprend, et s’échappe, au quotidien. Mon bonheur, madame, ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval, dans les rayons d’un magasin, ne se résume pas à un morceau de cuir, quelques rivets, une étiquette. Le bonheur, madame, cela peut être un sourire, un peu de considération, le sentiment d’être important, d’exister pour quelqu’un.

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Portrait de moi en mieux

Et puis on trie on jette cela on évacue c’est une urgence remplie des sacs et des poubelles encore encore. Cela nous semble vital urgent, c’est un réflexe pour se vider l’esprit, évacuer l’accessoire garder l’essentiel.

Et puis l’on tombe sur des cartons, on se souvient et on les ouvre, délicatement en prenant son temps, se préparant à l’affrontement. Ce ne sont que des dessins, des dessins anodins et enfantins, ce sont des trésors à nul autre pareil, qui n’ont de valeur que pour le dépositaire.

Et l’on se souvient, et l’on sourit, et puis l’on pleure, les odeurs et les caresses, et le bruit des feutres sur le papier. Et puis les regards, les maman je t’aime, maman tu es la plus belle de toutes les mamans, maman regarde je t’ai dessinée, t’as vu, tu aimes, t’as vucomme t’es belle.

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On a sourit, et puis on pleure, ce qui fut, ne sera plus, et puis on rit, rit, il serait grand temps que l’on grandisse, non mais vraiment c’est ainsi qu’ils nous voyai(en)t ?

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Parce que trop c’est trop !

Il est des fringues qui soudain éclosent dans nos rues, les squattent, les inondent jusqu’à l’overdose, au dégoût.

On ne sait quand elles ont vu le jour, mais on se doute du où, un où souterrain, peut-être même clandestin, un où pas glorieux, qui ne paie pas à être connu. On y imagine les rouleaux de tissus y débarquer au kilomètre, débités en tops, robes, shorts, combinaisons, dans le brouhaha des machines, la poussière du textile.

Une étiquette, trois tailles, et cela dans le meilleur des cas, et c’est parti pour les boutiques, les échoppes à petits prix.

Alors au début, on trouve ça chouette, enfin en vitrine, sur le mannequin. C’est si peu cher, que vous avez un doute, si peu cher pourquoi s’en priver, pour aller à la plage, en balade, si peu cher que certaines, dont moi, hésitent.

Et quelques jours plus tard, vous moi, toutes celles qui ont hésité, résisté, celles qui aiment l’originalité, savent qu’elles ont eu raison. Parce qu’il n’est pas un jour, pas une heure sans que dans les rues vous ne croisiez une victime de cette mode. Vous n’en pouvez plus, vous vous croyez victime d’hallucinations, cela dépasse l’entendement, enfin le mien.

Mais soyons honnêtes, toute bonne chose a une fin, et les mauvaises, enfin certaines, en raison de leur qualité, de la lassitude qui l’accompagne, plus précoce encore. Bientôt, très bientôt, elles auront disparu, et je me dois de l’avouer, à mon grand soulagement …

Unknown

Lettre ouverte à

Monsieur, monsieur qui d’ailleurs, nous n’avons pas été présentés il me semble, vous avez fait éruption de je ne sais où, sans aucun doute un lieu dissimulé et nommé embuscade, vous avez fait éruption dans NOTRE conversation, NOTRE conversation qui certes se tenait sur votre lieu de travail, n’en demeurait pas moins une conversation privée entre nanas.

Je m’explique.

Une pause déjeuner sacrifiée sur l’autel de la rentrée, deux nanas qui s’en vont faire le plein de produits cosmétiques INDISPENSABLES pour affronter septembre et le retour des bronzés, souvenirs plein la tête, humeur en berne ; une traversée souterraine de la ville pour limiter la débâcle financière ; une dispersion stratégique, panier au coude, liste à la main et retrouvailles surprise au détour d’un rayon. Nous comparons nos emplettes, avant le passage en caisse, moi fière de ma sagesse, une fois n’est pas coutume, elle me brandissant la dernière crème à l’acide hyaluronique qui affiche un prix choc, écrit en gros et en orange, 80€ !

Alors là moi, moi qui ne suis ni donneuse de leçon ni interventionniste, je sors mon tube de IALUSET, auquel j’ai adjoint sa déclinaison moins grasse, moins parfumée à la punaise des bois, et dis non, je dis que vraiment ce n’est pas possible que … vous, tel un cookie surgissant m’interrompez … et nous sortez votre sempiternelle diatribe sur la taille de la molécule d’acide, si grosse dans mon tube de IALUSET que je serais en droit de demander comment elle peut sortir du tube, si grosse qu’elle ne saurait pénétrer dans ma peau, alors que bien sûr si j’accepte de débourser 70€ supplémentaire, j’aurais LA molécule de mes rêves. Enfin vous avez essayé, parce que faute de pouvoir mordre je vous ai coupé l’herbe sous le pied, terminé votre phrase votre démonstration, renvoyé paître avec vos congénères, à l’agachon de plus conne ou/et plus fortunée que moi.

Parce que, primo, de quoi je me mêle, secondo je reconnais n’avoir jamais été fortiche en chimie, mais depuis quand, en fonction de quoi la taille d’une molécule varie ? L’âge et la taille de l’étiquette ? Et puis tertio, rappelez-moi ce qu’est un produit cosmétique ?… Un cosmétique est un produit d’hygiène corporelle qui ne peut traverser l’épiderme, auquel cas il se transforme en … médicament … Un médicament tel le IALUSET, qui peut être prescrit par un médecin, remboursé par la sécurité sociale, qui ne s’est jamais posé la question de la taille de la molécule …

Bref, je vous ai quitté, sans regret, pas totalement fauchée, tout au moins pas par vous, monsieur je ne sais qui, vous qui avez fait votre boulot, ce que vous avez pu, mais bon hein, ça peut pas marcher à tous les coups. Quant à la copine, elle … Elle s’en est allée avec sa petite molécule et ses grands espoirs

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Comme une envie de douceur

Alors, alors que vous savez que plus rien ne sera jamais pareil, bien qu’il en soit toujours ainsi mais que là ce n’est pas pareil, alors que vous vous apprêtez à porter le deuil de votre espérance en des jours meilleurs, que la tragédie se dispute le devant de votre théâtre personnel avec le drame, registres dans lesquels vous découvrez exceller, alors que vous vous soupçonnez de succomber à la tentation de baisser les bras, de se laisser aller, alors vous vous précipitez devant votre miroir, le grand, le dangereux, celui sur pieds, lui délégant toute notre capacité à la réflexion, au dressage de constat.

Inutile de chausser vos lunettes, vous le devinez, la situation est grave. Vous êtes à un âge où vous ne pouvez vous autoriser à vous laisser en jachères. Vous le saviez, vous le constatez.

Alors soudain, contre toute attente, toute logique, vous vous rêvez différente, blonde et douce, vous voulez des paillettes, du bling-bling dans les cheveux. Vous voudriez attirer les regards, que l’on vous traite avec tendresse, accepteriez même de la bienveillance tendance condescendance,  mais ça même sous la torture, jamais vous ne l’avoueriez. Vous vous imaginez  blonde, blonde poussin, pour faire plus juvénile, la tête inclinée sur le côté, tout sourire et sourcil retroussé (un seul pour rétablir l’équilibre), à la terrasse d’un café, sur votre profil facebook.

Vous vous imaginez, dans la peau d’une autre, une autre à laquelle jamais vous ne ressemblerez, vous le savez, vous vous y êtes déjà essayé.

Alors, vous résistez à ce suicide capillaire, première étape vers la lobotomie, la trépanation. Vous vous habillez (de noir), et sortez vous acheter du blush, rose, pour vous dessiner des joues de poupée, et du mascara, violet, et waterproof. Car je vous le rappelle la situation est grave … faudrait pas qu’elle vire désespérée …

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Au cœur de ma nuit

Et au cœur de la nuit les pensées en clair-obscur défilent, s’enchaînent se déchaînent.
La nuit notre vie nous rattrape, tourne, retourne sur le grill de nos souvenirs, arrosés par nos larmes. On cherche des palliatifs, des subterfuges, des diversions, tente la fuite sous la couette, la tête enfoncée dans les stupides fleurettes des coussins. On éteint, on allume, espérant effrayer les remords et les regrets.
On en appelle à l’aide Dieu, les djinns, les anges et tous les saints. On lève les yeux au ciel, et se heurte au plafond.

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Quand Marseille écrit son nom en lettres de sang

S’en revenir d’une soirée laborieuse parfois ou de plaisir le plus souvent, quitter ses amis, lancer des au revoir joyeux, échanger des sourires, des dérisoires « quand tu arrives, tu m’appelles » et s’enfuir, presser le pas, tête haute et éviter les regards, réfléchir à l’itinéraire, changer de rue de trottoir, l’ouïe en alerte, l’œil aux aguets.

Et préférer la marche au métro, vide, vide de toute surveillance. À quoi bon n’est-ce pas, il est si peu fréquenté, faut penser rentabilité.

À quoi bon des maraudes dans nos rues, à quoi bon, n’est-ce pas, la sécurité est assurée, les caméras installées, et ces installations faut les rentabiliser.

Mais ceci n’est-ce pas est le sort des femmes, des citadines, celles qui aiment la vie, les sorties, leurs amies, la vie culturelle à laquelle la ville invite, et la mienne plus que toute en cette année capitale de la culture.

Mais ma ville, Marseille n’est-ce pas, vous n’avez pu que la reconnaître, inscrit hebdomadairement sa violence en lettres de sang, du sang de jeunes hommes, dans nos quotidiens régionaux et nationaux.

Les politiciens sensibles à la rumeur qui monte de la ville, risque de troubler les urnes, de faire fuir le touriste, cherchent des responsables à droite à gauche. Certains même se risquent à évoquer cette, n’est-ce pas, spécialité marseillaise, cette tradition qui amène des hommes à s’entre-tuer. Il ne fait aucun doute que des voix ont dû s’élever, évoquer l’éducation, la prévention et le respect, le respect des règles des lois et de la vie. Sans doute, n’est-ce pas, mais elles ont dû m’échapper.

Parce que moi, moi je pense à ces jeunes hommes, ces enfants morts sous les coups de voyous, de sociopathes, et aux larmes de leurs mères, les mères de ces victimes et celles de ces psychopathes, de ces criminels qui seront retrouvés n’est-ce pas, ils ont été filmés, ils seront punis. Je pense à ces femmes, ces femmes à jamais consolables, leurs questionnements, leurs comment est-ce possible, comment en sommes-nous arrivés là, murées dans le chagrin sans remise de peine, la douleur à perpétuité

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Et alors

Et alors, on trie on jette on se sépare de tout ce qui nous apparaît obsolète tout ce qui nous renvoie à ce qui n’a plus de raison d’être.
Dans un sac on écarte ce qui n’a plus d’importance qui ne nous appartient plus, n’a jamais été nôtre, et qui nous fait face et qui nous nargue.
On se réapproprie le lieu l’espace, prend un bain et son temps, reprend sa tâche lorsque les yeux croisent un détail devenu incongru. Et puis on se pose, et constate qu’en quelques heures des années se sont effacées, une histoire s’est transformée en anecdote dont nul autre que soi n’en gardera de trace

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Je me souviens

Je m’accoude à la fenêtre, lève les yeux vers le ciel, cherche les étoiles, les étoiles filantes et faire un vœu. Le ciel est voilé, mes voeux ne seront pas exaucés, pas ce soir, ce soir je me souviens.

Je me souviens d’un autre soir, un soir d’été, où tu n’en es allé, fuyant la canicule, où tu t’en es allé nager, et où la mer nous a rendu ton corps.

Tu t’en es allé, et tu nous a réunis. Et nous nous sommes découverts humains, blessés, profondément tristes de ta mort, heureux de nous découvrir étonnamment vivants.

Je me souviens de ces soirées, enveloppés dans l’obscurité, de nos volutes de fumée et nos mots qui s’envolaient vers les étoiles. Je me souviens de nos rendez-vous tacites, de cette planète rougeoyante qui nous fascinait. Je me souviens de nos conversations, de leur musicalité, de leur douceur.

Je me souviens, que je savais, qu’il me fallait accepter. Je savais que notre pilier s’était effondré, qu’il nous faudrait avancer seuls, seuls sans tuteur, que des liens s’étaient tissés, d’autres effilochés, que nous allions connaitre des déchirures, que certains allaient partir, que déjà leur cœur était ailleurs. Je savais

C’était le 16 août 2003, je me souviens, je pense à nous, à toi. C’était il y a dix ans et rien ne fut plus pareil

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