J’ai craqué mon slip (de bain)

Suis méditerranéenne suis marseillaise, c’est une hérésie, j’aime pas aller à la plage. Je n’aime pas devoir me faufiler entre serviettes et rabanes, à grand coup de pardon excusez moi, m’installer à mon tour entre glacières et radios hurlantes, m’allonger et recevoir sur mon corps et mon visage enduits de crème le sable projeté par des hordes sauvages bien moins polies.

Et puis arrive le moment où la cuisson se faisant cuisante, il devient vital de s’en aller refroidir dans l’eau, l’un après l’autre, l’un allant se baigner, l’autre gardant les sacs et les serviettes. Après être arrivé à se frayer un passage entre les châteaux de sable et les baleines échouées, vient l’épreuve de l’entrée dans l’eau. Moi j’aime prendre mon temps, y trouve du plaisir, mouiller mon corps progressivement, sauter les vagues, les laisser me surprendre, jouer avec le ressac, caresser l’écume. Oui mais tous n’ont pas le même rythme, nombreux sont les véloces hurlants et éclaboussants, qui se collent à vous et à moi, et n’en doutons pas s’en viennent discrètement pisser à quelques centimètres de votre peau.

Tête baissée sur le sable bouillant et vos (mes) cuisses roses et celluliteuses, râlant en silence sur votre triste sort, vous allez prendre le relais de votre vigie écarlate.

Légèrement saoule, de fatigue et de chaleur, c’est le moment idéal pour piquer un bien mérité petit roupillon. Sauf que. Sauf le mioche qui ne supporte pas d’avoir du sable entre les doigts de pied ou dans sa couche culotte ; celui qui en a été délesté et s’en vient pisser sur votre natte ; le chien qui hurle à la mort, ayant perdu de vue son maître ; la mère qui hurle à l’ombre de son parasol, et tente ainsi d’attirer l’attention de sa progéniture occupée au loin à sauter dans les vagues ; et le vendeur de glace, et celui de chichis, et celui de boissons ; et les joueurs de volley et ceux de badminton.

Rajoutez à cela l’urticaire géant qui ne manquera pas d’orner mon décolleté, ma peau douloureuse et rougeoyante, devenant verte fluo sous la pression de mes doigts, et me rappelant que la nature est mal faite, que j’aurais dû être blonde.

Alors non, je n’aime pas la plage. Moi j’aime les étendues de sable désertes, j’aime la mer à perte de vue et d’horizon, j’aime être bercée par le roulis et le tangage, j’aime le goût du sel sur ma peau, j’aime le vent iodé qui s’engouffre sous la transparence de ma robe, j’aime dénouer mes cheveux ondulés et rêches battre mon visage. J’aime m’allonger là où viennent mourir les vagues, laisser s’écouler le sable entre mes doigts. J’aime immerger mon corps nu et le laisser couler, j’aime émerger et m’ébrouer. J’aime

J’aime, mais tout cela n’est que souvenir, j’aime, et dois me contenter de bains de minuit habillée, j’aime mais les occasions sont très trop rares, si rares, qu’aucun de mes maillots n’a survécu à cette attente, tous y ont sacrifié leus élastiques, tous m’ont abandonnée à l’orée de la plage …

Donc, j’aime la mer, mais pas la plage, donc je n’aime pas la plage, mais reconnaissez qu’elle me le rend bien …

20130724-002731.jpg

Publicités

12 réflexions au sujet de « J’ai craqué mon slip (de bain) »

  1. Effectivement pour une marseillaise c’est un « crime » de ne pas aimer la plage ! mais je te rejoins pour ce qui concerne la foule. J ‘esaie de privilégier les endroits un peu isolés c’est à dire laisser la voiture et marcher un long moment sur la plage pour éviter la horde de touristes. C’est une immense récompense ensuite de se tremper dans la Grande Bleue !

  2. Je ne suis pas marseillaise mais je n’aime pas non plus les plages blindées de monde où on joue au croque-monsieur.
    Le reste, le vent, le goût du sel, le sable qui se retire sous mes pieds juste au bord, les vagues qui s’écrasent sur les rochers, l’immensité de la mer, j’aime aussi. Surtout sur les plages bretonnes (désolée pour le plages du sud, elles ne m’ont jamais charmée de la même manière).

  3. Aaaaaah ❤ ❤ ❤ tu as utilisé le mot "rabanes" et me voici transportée au bord de la piscine de mes grands-parents, avec vue sur le Canigou et les pieds brûlant sur les cailloux qui l'entourent…pas de foule dans cette mer-là, que de bons souvenirs ! ❤

  4. Sinon il te suffit de trouver une autre plage, dans ta description j’ai presque reconnu le Prophète où je n’y mets plus les pieds tellement c’est devenu insupportable! Entre le ballon dans la tête, les gamins qui hurlent, l’eau qui est sale, le sable rempli de clopes… Je vais plus vers Malmousque, il y a de petites criques où tu es quasiment seule au monde, tu peux aller te baigner sans te soucier de tes affaires car il n’y a pas de vol, je te jure que ça te réconcilierait avec la plage 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s