Comme une bouteille à la mer

UnknownParfois, il peut nous arriver de croire discerner dans un message sur la toile, un appel au secours. Et vous voilà désemparée face à tant de souffrance d’un inconnu qui vous semble si familier, un que vous n’avez jamais croisé, mais pour lequel vous vous êtes pris d’amitié. Ou pas car là n’est pas le problème, le problème est la croyance en votre impuissance, la peur de l’ingérence se disputant à la non assistance à personne en danger. Vous luttez contre votre peur du ridicule, celle d’avoir mal lu, mal compris, de vous être trompée, de déclencher un processus lourd, et inutile. Et puis vous craignez de commettre un acte pour une personne qui ne vous le pardonnera jamais. De quoi je me mêle ?…

Alors vous relisez, relisez encore, et vous saisissez de votre téléphone, plongez et composez le 112. Une voix masculine, un sapeur pompier, on racontez votre inquiétude  les yeux rivés sur votre écran, vous excusant de la pauvreté de vos renseignements, vous vous sentez  si dépourvue, si nulle. La police va être avertie, vous allez être recontactée, ce qui arrive dans l’heure, de l’autre bout de la France. Vous recommencez à narrer votre histoire, enfin celle de votre inconnu ; pour enclencher la procédure, vous faut laisser un message, sur un site gouvernemental. Vous vous précipitez, obéissez aux ordres, envoyez votre alerte. Votre téléphone sonne. L’autre bout de la France a lu votre message, à lu l’article qui vous a interpellée, n’y voit rien d’étrange. L’autre bout de la France, la hautaine nordiste, vous plombe d’un « des trucs comme ça, j’en vois tous les jours », vous lui rappelez que fort heureusement ce n’est pas votre cas, ce qui explique votre émoi. Rien ne sera fait, on ne défonce pas une porte pour si peu ma petite dame, il vous le signifie clairement. C’est lui le professionnel. Vous, vous êtes en colère.

Vous retournez à votre ordi, faites d’inutiles recherches. Vous guettez un message qui vous rassurera. En vain.

Votre téléphone sonne, de nouveau un numéro bloqué. Le commissariat de votre ville, un policier, un humain, auquel vous recommencer, encore encore à expliquer. Il cherche sur son ordi, malgré l’angoisse que vous devinez, l’heure tourne, enfin partagée, trouve le message, lit, lit la même chose que vous. Il raccroche, après une promesse de vous rappeler. Il rappelle, à sa voix vous comprenez qu’enfin le dossier est pris au sérieux, enfin l’intervention va avoir lieu, enfin la chaîne de solidarité va trouver son accomplissement.

Vous espérez une fin heureuse, espérez sans y croire avoir des nouvelles dans les heures ou les jours suivants.

Ces quelques heures, vous auront semblé une éternité, mais si vos espérances sont comblées vous le serez aussi. Et vous vous effondrerez en larmes, de soulagement et de joie. Enfin je l’imagine.

Si je vous raconte cette histoire c’est parce qu’elle peut nous arriver à tous. Nous gens ordinaires, pas nés sur la planète Kripton, pas de un super héros. Nous pouvons en  être émetteur ou récepteur, avoir besoin d’une main qui se tende, le devoir d’apporter notre secours. L’impuissance n’est qu’illusion, avec une adresse IP, nous sommes tous trouvables, nous ne sommes plus si seuls. Big brother peut être notre meilleur ami, et la police composée d’humains, capable de se saisir du relais, de prodiguer les mots qui font du bien.

Parce que, parfois les histoires d’amitié, même virtuelles finissent bien, parce qu’il est des jours qui marquent à jamais nos vies, parce que parfois le bonheur est simple comme un coup de fil, parce qu’être utile est un devoir, parce que ce jour est le premier jour du reste de ma vie, mais pas que, ce texte je le dédie à une GRANDE personne, qui je l’espère maintenant se sait importante

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18 réflexions au sujet de « Comme une bouteille à la mer »

  1. Que dire… Cà me fait mal de lire que malgré le fait qu’ont t’ait envoyé bouler, tu aies persévéré.. comme j’ai dit l’autre soir, les policiers d’ici ont eu beaucoup de respect pour ton geste. Ils ont soufflé quand j’ai ouvert la porte au bout d’un moment. A force de sonner, de m’appeler et de taper fort contre ma porte, j’ai réussi à me réveiller et à réaliser qu’il se passait quelque chose, j’étais abasourdie, mais j’arrivais à parler avec eux, tant bien que mal et ils ont été plus qu’adorables.. plus que les pompiers d’ailleurs… donc çà ne m’étonne pas d’eux, qu’ils t’aient pris au sérieux et je n’oublie pas leur regard si bizarre… d’humains qui sont touchés qu’une jeune femme ait mal au point de vouloir partir. Ils étaient si impliqués que le peu d’énergie que j’avais, je l’ai mis à leur raconter pourquoi j’avais fait çà. Par respect pour eux, parce qu’ils ne s’étaient pas contentés de lire mon dernier article, ils avaient plusieurs feuilles de mon blog, et un second paquet avec ma page HC où les derniers statuts n’étaient pas franchement roses. Je n’ai pas eu le courage d’aller voir le gardien, il était avec eux et je ne suis pas fière… j’ai besoin de qqes jours pour « oublier » mon geste et tout ce que çà a entraîné. Mais j’irai le remercier déjà, dès que possible et je sais qu’il pourra me donner plus d’infos sur ceux qui sont venus, parce qu’il a dû signer le rapport. Et j’ai envie d’aller les remercier, parce que sans eux, sans toi… je ne sais pas comment j’aurais été franchement… J’aurais peut-être recommencer à en reprendre parce que je ne voyais pas d’issue, j’avoue… le fait de parler avec eux qui étaient psychologues, ils ont su appuyer sur les points qui faisaient mal pour me faire remonter… mes parents qui perdent une fille… je le sais et n’arrête pas d’y penser à tout çà… Sylvain me le dit souvent aussi et mes parents savent eux-mêmes que sans eux, je n’aurais pas la force de continuer… mais venant de policiers qui débarquent chez moi, parce qu’ils ont tenus compte de ce que tu avais dit et ce qu’ils avaient lu, çà sonnait autrement dans ma tête… et ils ont respecté mon choix contrairement aux pompiers, de ne pas prévenir ma famille. Ma décision était notée noir sur blanc dans le rapport et même si j’étais vaseuse, il m’a lu ce qu’il avait noté et il a souligné que tout avait été respecté. Ils avaient compris tout simplement… J’ai eu la force de m’énerver contre un pompier qui était con. dès que je bougeais ou parlais, je sentais les médicaments qui s’activaient dans mon sang et çà me donnait des vertiges et des nausées, mais lui je ne l’ai pas raté malgré tout pff… Des policiers plus humains que des pompiers… C’est quelque chose qui m’a bouleversée j’avoue… Je voyais tout ce monde à travers un brouillard, j’avais la sensation de flotter tout en étant près d’eux en train de parler comme je pouvais. C’était moi sans être moi…
    Je te remercie (c’est si petit dit comme çà…) ma Pimprenelle et oui, je sais que je suis importante… Je me bats tu sais… Vraiment de toutes mes forces… Je ne vais pas vous laisser tomber. J’ai contacté la psy, comme je l’avais promis à la psy de garde, c’était la 2ème condition pour ne pas être hospitalisée, elle me verra demain dans la journée.
    Je te fais de gs bisous et merci à l’amitié pas si virtuelle que çà… vous en savez plus que n’importe qui, sur ce qui peut se passer en moi finalement, je me rends compte… c’est triste et beau à la fois… ❤ et je suis désolée que tu aies dû vivre tout çà à cause de moi 😦

  2. Il est des choses bien plus graves que de se faire envoyer sur les roses par un imbécile, mais pas tant que cela finalement puisque le dossier a été transmis aux bonnes personnes …
    Alors maintenant tu vas arrêter de t’excuser pour des choses qui ne t’appartiennent pas. J’ai fait un choix, qui a impliqué des péripéties, qui n’ont pas plus d’importance que cela. Le principal est que tu en aie retenue la leçon, appris que l’on est parfois prisonnier de ses croyances, que parfois c’est la solitude qui est virtuelle.
    Cesses de te faire des nœuds au cerveau, avances, même avec des béquilles, redresses la tête et avances, et ce qu’en pensent les autres, ce qu’ils pensent, ce qu’ils disent, ni toi ni moi ne pouvons rien y faire, alors on s’en carre !!!! 😉

    • Oui Chef ! (je suis au garde à vous, je mettrai une photo pour que tu me voies ^^), je ne m’excuse plus, promis, juré, craché (c’est pas beau, mais c’est pour la bonne cause allez va)
      J’ai bien dénoué mon cerveau entre temps. Vis-à-vis des gens en tout cas. Je ne connais pas ce mot là, on s’en carre, mais je vais l’adopter 🙂
      Bonne soirée ma belle, bisous

  3. Tu es une personne formidable, sensible qui a su lire au travers des mots de notre chère amie son désarroi, son mal être. Alors simplement merci pour elle, pour nous d’avoir suivi ton instinct et donné de ton temps, de ton énergie pour convaincre les personnes qu’elle avait vraiment besoin d’aide et que ses mots n’étaient pas des mots écrits comme çà mais vraiment un message d’adieu pour elle. Heureusement tout se termine bien grâce à toi.
    Je suis heureuse de te connaître et de la connaître elle. De nombreux autres moments nous attendent. On sera là pour l’aider, la soutenir car l’amitié passe au delà des mots tapés sur un clavier, on ne s’est jamais vues mais on sait reconnaître des personnes qui en valent la peine. Bises

  4. Ping : A toi mon amie | Les mots d'Angel

  5. Faut tout de même rien exagérer en ce qui me concerne ; je ne vise ni la béatification ni la sanctification, loin s’en faut !…
    Je sais simplement lire et téléphoner, d’autres se sont chargés du plus ardu et du plus délicat.
    Quant à Delphine, après tous vos témoignages, et les siens, elle sait. Elle va tenir bon la rampe et avancer. Je n’en doute pas un instant.
    Des bises

  6. Tu refuses les compliments mais bravo tout de même. J’ai déjà fait ça à plusieurs reprises et c’est loin d’être simple, on se pose 1000 questions. Mais l’important c’est que ça se finit bien. Et je réitère, ce n’est pas donner à tout le monde de savoir écouter et alerter quand il le faut.

  7. Ping : A toi mon amie | Poussières de Vie

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