Ventre à terre et estomac dans les talons

Imaginons que vous avez un chagrin.
J’ai dit imaginons. Je sais bien que c’est impossible, que vous comme moi sommes des femmes  fortes, pas des mauviettes, que nous vivons danle monde des bisounours, où l’on se marie, prend la pillule et n’a pas trop d’enfants, où l’on libère le blanc destrier pour ne pas avoir à lutter contre la tentation de couper les c… du Prince Charmant.
Alors je nous le répète gentiment : IMAGINONS !
Imaginons que soudain il fasse froid. Imaginons que nous ayons changé d’heure, contre d’autres plus obscures, moins clémentes.
Imaginons que ce soient les vacances scolaires, et que nous soyons déscolarisées.
Ça y est. Vous y êtes. Vous l’avez endossé le costume du personnage. Le mien semble confectionné sur mesures quoique légèrement étriqué, serré aux entournures, abandonné par une couturière sans cœur et sans talent. Et me voilà, seule, errant dans les couloirs désertés, faisant de la figuration sans dialogue dans un bureau inanimé, sans bruissement d’aile de pintades. Elles en viennent à me manquer.
Les heures passent. Arrive l’instant cruel : celui du déjeuner. Avis de tempête dans un cerveau mis en jachère tout au long de la matinée.
Des questions m’assaillent.
Que faire ?
Où ?
Comment ?
Avec qui ?
Car inutile de tergiverser il me faut me sustenter. Car ce matin, faute de temps, j’ai du me contenter d’un gobelet de café aux arômes de plastique, et d’un carré de chocolat, un égaré oublié retrouvé au fond d’un tiroir.
Je sais, ce n’est pas bien. Mais que celle qui n’a jamais fauté me jette la première outre.
Bref, j’ai faim, et ne le sais pas encore, l’info s’est perdue dans le vide de mon estomac, n’a pas encore atteint mon cerveau. Mon ventre se manifeste. Bruyamment. Honteusement. Je ne peux l’ignorer. Il me faut agir. Et vite …
Alors je m’en vais. Sans savoir où aller. Vais où mes pas m’emmènent, ventre à terre et me devançant.
Et cherche, cherche, cherche
Car un malheur n’arrivant jamais seul, je vous le rappelle, il fait froid. J’oublie les terrasses : manger avec des baguettes à la place des doigts des plats qui congèlent sitôt déposés sur la table, et offrir ce spectacle au passant pressé, anonyme et goguenard … ma fierté et mon sens du ridicule me l’interdisent.
A l’intérieur ? Oublions. Mes petits restos sympas sont fermés, partis en vacances avec la jeunesse. Les autres, les deuxièmes choix, se sont transformés en centre d’accueil de tous les affamés frigorifiés du centre ville.
Reste Mac Do.
Non, là, je plaisante !
Alors, je pousse plus loin, toujours plus loin, et par le plus grand hasard me retrouve devant la vitrine de la Boulangerie Aixoise, l’une de mes préférées … ce qui tombe bien, dans laquelle je m’achalande quasi-quotidiennement.
Et là, de nouveau j’hésite. Cela participe au plaisir. Je n’opterai que pour une douceur, faut surtout pas se tromper. Bien sûr, j’aurais droit à une cession de rattrapage, demain et durant les seux semaines à venir. Les jours vont se ressembler (soupir).
Mais bon, je me veux raisonnable, et oublier le sucré, le sacristain, les caroubiers et le chausson italien. Pas de flan pâtissier, pas de fiadone. Et pourtant, il est bon leur fiadone, presque autant que le mien que je confectionne à mes amis, et qui a fait ma réputation.
J’opte pour le pan bagna. Pas mal, le pan bagna. Niçois, vaguement crétois. Bon, lui manque l’ail. C’est pour faire consensuel, pour plaire au frileux, à ceux qui ont une vie sociale, ceux qui durant les vacances ne sont pas moi. Dites madame la boulangère aixoise vous pourriez vous montrer compatissante, et le frotter d’ail le pain de mon bagna !…
En attendant, bon appétit, et bonnes vacances aux chanceuses lâcheuses !
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