Aujourd’hui, en Inde, j’ai croisé des élégantes

Elles ont fait éruption, échappées de la poussière de ciment et de marbre d’un chantier.

Saris maculés, démarche de ces femmes au détachement ostentatoire, pauvres parmi les pauvres, ignorées bafouées, méprisées, tout au bas de l’échelle aux échelons sciés, elles ont coupé ma route et mon élan.

Sur la tête, une serviette à l’éponge élimée d’un autre temps, jeté d’un mouvement précis et négligent pour protéger ce que les femmes d’ici ont de plus précieux et qu’elle ne sacrifient qu’aux Dieux, leur chevelure de jais.

J’ai pris cette photo, de loin. L’une l’a perçu et d’une volte de la tête m’a fait face, scrutée, puis détournée, sans même interrompre sa marche.

J’étais fascinée par autant de beauté qui ne s’encombre d’aucun qualificatif.

Parce que l’élégance était là, me tournant le dos, proche et inatteignable, me laissant sans mots ni explication.

Parce que l’élégance ne s’explique pas, ne s’enseigne pas. Elle est sauvage, n’est pas sous dépendance. C’est un corps délié, en liberté, qui se refuse à toute contrainte, qui occupe l’espace.
C’est le lotus, né de la fange, et du Gange, et qui s’élève pour éclore et s’épanouir dans la lumière.

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