Où il est question d’une bougnette qui m’a pourri ma journée

Je dois vous le confesser, je suis atteinte d’une maladie héréditaire : l’intolérance à la bougnette (traduction pour les malchanceux qui ne seraient pas provençaux : tâche sournoise qui vous attaque lors que vous vous y attendez le moins et qui ne vous lâche plus).
Un exemple au hasard, un traumatisme récent, tiens, hier.
Un retard, un grand besoin de roboratif, de mou, de prédigéré, bon OK j’assume mon image va en prendre plein les ailes, bref, je suis allée chez Mc Do.
Mais vu que j’ai des principes, un petit service Take Away, ne connaissant pas de restauration plus glauque que dans ces enfers de la diététique, et me voilà courant mais pas trop (je fait ce que je peux sur les pavés), sacs serrés sur les hanches pour ingurgiter mon pécher en toute intimité.
Me voilà arrivée, je déballe en toute hâte mon sandwich et ses frites, désincarcère la bouteille d’évian (j’ai des principes), vite, vite, je crève la dalle et constate que mon expresso lui a crevé le sac … et s’est répandu sur mon jeans.
Alors là, ma journée est fichue et commence mon calvaire.
D’abord le dilemme, que faire, quelle est la priorité : tenter de nettoyer en frottant à l’eau, ou manger vaguement chaud ?
J’hésite, puis frotte avec une serviette, grignotant des frites molles, froides et sans sel.
Toujours réfléchissant j’attaque le hamberger.
Je sais qu’il est trop tard, qu’il va me falloir assumer. 
Ça ne passera pas, pas plus que mon repas, qui est passé directement de mes lèvres à mes hanches sans même amuser mes papilles. Une journée de merde quoi !
Et les heures vont défiler
len
te
ment.
Et elle est toujours là la bougnette, à témoigner de ma maladresse, à dénoncer mon étourderie, à me montrer du doigt
Et toute l’après-midi, j’essayerai de me montrer sous mon meilleur profil, et sourire pour détourner les regards, rire trop fort, croiser les jambes, me pencher profondément en avant en montrant mes seins mon torse.
Et je suis mal-heu-reuse.
Je sais que c’est idiot, que c’est futile, que cela renvoie à des facettes puériles de ma personnalités. J’ai envie de me coller une baigne, ou mieux un coup de pied au cul pour me faire réagir, intégrer le groupe que j’admire, qui me fait baver d’envie de celles qui assument.
Moi, le mieux que je puisse faire, c’est d’identifier et reconnaître ma névrose (notez l’élégance et l’hypocrisie du singulier …).
Fin de journée, lunettes noires sur le nez, sac sur la cuisse, ipod dans les oreilles, je fonce chez moi pour enfin me changer et balancer TOUTES mes fringues au lave-linge (je sais je sais, mais que voulez vous …). Suis en retard, oui, encore, et puis je regarde mon pantalon dans le miroir et
et
et
ben, elle est pas mal cette tâche
elle est intéressante même.
Elle est jolie ma bourde, elle a de la classe même, je l’aime bien, elle se marie bien avec l’azur de la toile.
Un jean prélavé et pré-tâché, ce ne serait pas une si mauvaise idée, ça pourrait bien me séduire, je pourrait bien m’en acheter …
Mais bien sûr, il est déjà trop tard pour l’aimer la bougnette, déjà trop tard pour les excuses, déjà trop tard pour les regrets. Déjà (sic) il nous faut nous séparer, déjà il nous faut tout effacer.
Adieu donc bougnette, nous aurions pu nous aimer, mais voilà Ariel t’a exterminée
P.S. : penser à vous parler prochainement de l’intolérance qui découle de celle-ci : celle à la maille, l’échelle qui voit le jour sur mon bas ou mon collant 

PS. 2 : penser à vous parler de l’intolérance découlant de la précédente : celle au vernis à ongles écaillé

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10 réflexions au sujet de « Où il est question d’une bougnette qui m’a pourri ma journée »

  1. J'adore ce mot! Je ne connaissais pas du tout, ça m'à bien fait rire quand j'ai vu ce que c'était (oui je suis cruelle desfois 😉 )Ca m'arrive de temps en temps,toujours quand je suis en couleur, et si je suis en noir je vais réussir à me coller de la crème fraîche ou de la mayo…wouhou 😉

  2. Tu as enrichi mon vocabulaire marseillais tiens, c'est pratique pour la marseillaise d'adoption, qui, la 1ère fois qu'on m'a dit "il y a dégun", j'ai cherché partout l'air très imbécile, en répondant "ben il n'y a personne" en me disant si l'autre était normal ou s'il avait par hasard des hallucinations en voyant un prénommé "dégun" lol. Pour le coup, c'est moi qui me suis fait prendre pour une imbécile, il m'a regardé, l'air de se dire que je tombais d'une autre planète. Bon, j'espère ne pas devoir l'utiliser prochainement le mot "bougnette". Suis une pro en la matière déjà, alors rien que d'en parler, je risque de me l'attirer, la bougnette 🙂 Je te rassure, on aurait été beaucoup à réagir de la même façon que toi 😉

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